Voilà cinq ans que le label Tripalium Corp défriche à coups de sorties vinyles et soirées endiablées le spectre techno. Caractérisé par des sonorités acid, rave ou industrielle et des pochettes vinyles mémorables, le label fait désormais figure d’incontournable de la scène française. Entretien avec Benjamin, membre fondateur de Tripalium Corp.


Tripalium pour travail, Corp pour corporation, pourquoi avoir choisi un tel nom de label ?

On a cherché le nom pendant longtemps. Si dès le départ on était intéressé par un nom à consonance latine, c’est véritablement l’idée de pouvoir créer un univers esthétique autour du travail qui nous a emballé. Tripalium désigne à la base un instrument de torture romain, et serait à l’origine du mot travail. En plus l’aspect esthétique qu’on voulait développer, il y avait également la volonté de proposer une réflexion autour du travail comme forme d’esclavagisme. Réflexion que l’on souhaiterait désormais étendre en organisant des conférences ou des tables rondes au sein d’événements, pour aborder des sujets comme la notion de travail aujourd’hui, le productivisme, l’idéal de fin du travail, etc. Des sujets qui nous intéressent beaucoup.

Comment et pourquoi est né Tripalium Corp ?

La structure est née à Paris en 2014, avec comme volonté première l’organisation d’événements. On avait déjà un peu d’expérience via le collectif La Mangouste, qui réunissait notre bande de potes, des bretons installés à Paris depuis peu. On avait organisé plusieurs événements, dont les soirées Casse Ton Singe qui mélangeaient punk, rave, 8bit, hardcore, breakcore, etc. Avec Tripalium, on a eu envie de faire quelque chose de différent d’un point de vue esthétique et musical, un peu moins débilos, en allant chercher du côté de l’IDM, l’acid et la noise techno. A nos débuts, courant 2014, on a commencé a investir des lieux parisiens que l’on exploitait déjà avec La Mangouste à savoir l’International, le Batofar ou la Java. Et puis le label est arrivé à la fin de cette même année, et a commencé petit à petit à prendre plus de place que les soirées.

Le label est divisé en 4 sous – labels, qu’est-ce qui a motivé ce choix ?

On n’avait pas l’idée des 4 sous – labels à nos débuts, ils se sont simplement crées les uns après les autres. On a commencé avec des cassettes car on avait aucune trésorerie et donc pas assez de moyens pour se lancer dans le vinyle. C’est comme ça qu’est née la première collection, Digital Mutant Series, sur laquelle on s’est attaché à représenter tout d’abord une scène française en pleine effervescence à l’époque, autour de sonorités techno déviantes, noisy, sombres. En ce qui concerne les sorties Acid Avengers, les soirées du même nom marchaient très bien donc on s’est dit qu’en faire un sous–label pourrait être intéressant et on s’est donc naturellement mis à sortir des disques. Jusqu’à ce que le label prenne le pas sur le soirées. Tripalium Rave Series est quant à lui né d’un partenariat avec Toolbox Records, sous l’impulsion de 14Anger qui nous avait envoyés une démo hyper rave qu’on voulait absolument sortir, mais qu’on ne voyait ni sur Digital Mutant Series, parce qu’on voulait le sortir en vinyle, ni sur Acid Avengers, parce qu’il n’y avait pas une seule ligne de TB sur l’EP. On a donc opté pour la création d’une troisième série entièrement dédiée aux sonorités rave 90, qui est un des mes grands péchés mignons. Le quatrième label, Tripalium Records, qui malgré son statut de dernier né (en 2017) est finalement le « main label » de la fratrie. Il a vu le jour quand on s’est sentis prêts à pouvoir sortir sur vinyle des projets techno XP, EBM, synthwave, indus dans la lignée de ce qu’on avait pu faire sur certaines sorties Digital Mutant Series.

D’un point de vue esthétique le label marie figures pop et imaginaire industriel. Au delà de la musique, l’aspect visuel est important ?

C’est vrai que l’aspect visuel est important, surtout sur Acid Avengers où on s’est clairement amusé. On travaille avec deux illustrateurs, Prozeet et Lucie Menetrier. Cette idée de détourner à la sauce smiley à trois yeux des images iconiques de la pop culture, de l’histoire de l’art ou de l’Histoire tout court, est née avec Prozeet. Il réalisait déjà les visuels des soirées Acid Attack. Prozeet a un vrai coup de crayon BD et un imaginaire kepon qui colle complètement avec ce qu’on voulait faire. On est aussi très sensibles aux illustrations sur la collection Tripalium Records, où l’on fait appel à un illustrateur différent pour chaque sortie, avec une ligne à respecter, à savoir dessiner en noir et blanc un animal qui travaille, et si possible avec une tonalité humour noir / punk.

A titre personnel, tu es directeur artistique du label,en quoi consiste cette fonction ?

On peut dire ça, oui. De manière générale, je m’occupe de tout sur le label, sauf d’une partie de l’administratif. Il s’agit principalement de discuter avec les artistes, écouter les démos, prévoir ce que l’on va sortir, et organiser tout ce bordel. La majeure partie du temps, une sortie consiste en une concertation avec un artiste, afin de définir un projet, se mettre d’accord sur le choix des morceaux, sur le fait d’en retravailler certains, de les éditer, de choisir un remix, etc. Ça prend souvent un an, entre l’idée de base, les premières démos, la finalisation de la maquette, le mastering, l’artwork et le pressage. Et puis c’est pas seulement de la direction artistique, il y a aussi toute la paperasse, les envois de disque etc. Tout en sachant que ça rapporte pas un rond (rires).

Le 7 juin, vous êtes de retour au 1988 Club, à Rennes. Le line-up allie figures internationales, nationales et régionales, on imagine que l’excitation monte doucement ?

Oui, d’autant plus que l’on a un très beau plateau ! On avait déjà invité Cardopusher sur notre première soirée organisée avec La Mangouste en 2011, à l’époque où il faisait encore du breakcore blindé de samples eurodance. Tout comme La Bile qui faisait aussi partie du collectif et s’appelait Clotaire 1er. Ça fait plaisir de les voir réunis à nouveau, sur le disque qui va sortir et sur cette soirée. Ça va être un peu plus calme qu’à l’époque parce qu’ils se sont un peu assagis en matière de breaks et de BPM, mais ça promet d’être quand même bien vener. Drvg Cvltvre, lui, est un peu comme un parrain de Tripalium, c’est vraiment un de nos artistes piliers parce qu’il a fait une sortie sur Tripalium Rave Series, une sur Acid Avengers, et qu’il fait aussi partie de Nomade Booking, notre agence. Et puis il y a bien sûr Vanadis, issue du collectif ÖND dont on se sent très proche et dont on respecte énormément le travail et notamment leurs line-ups de qualité. Ses sets sont à l’image du collectif, éclectiques et pointus, tout en restant hyper dancefloor.

By Simon


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Informations pratiques :
Acid Avengers x 1988 : Drvg Cvltvre, Cardopusher & more
1988 Live Club, Rennes
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