Hier, nous avons eu la chance de voir apparaître le premier EP de TURFU, un groupe fraîchement constitué de Matthieu Souchet à la batterie et aux synthétiseurs, accompagné de l’accordéoniste Raphaël Decoster.

Intitulé « Espace Fraicheur » et signé sur le Label AirFono, les 3 morceaux qui le composent transcendent les genres musicaux pour nous apporter une ambiance unique et nous faire voyager entre techno et musique traditionnelle. Les phases de ces morceaux sont marquées par des changements de mélodies, qui aux premiers abords sombres peuvent rapidement devenir très solennelles. On ne pourra qu’apprécier cette œuvre qu’en se déhanchant nonchalamment sur la piste de danse.

Les deux compositeurs français se sont vus accompagnés de Laurent Guigonnet à l’enregistrement, et de Leo Grislin ainsi que de Julien Fourcin au mixage. Le Mastering a été effectué par Eliott Hemery.

La cover est signée Antoine Germain. On y voit les deux artistes, à cheval, devant un plan d’eau. La météo est grisâtre. En voilà un Espace Fraîcheur !

Nous avons voulu en savoir un peu plus sur ces 2 énergumènes.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur vos carrières respectives? Depuis combien de temps exercez-vous?

Raphaël : J’ai commencé l’accordéon à 18 ans, en même temps que mes études aux Beaux Arts. Le parallèle musique/arts visuels a donc toujours existé, et j’ai vite commencé à chercher, triturer, questionner cet instrument et sa fonction, comme ce que l’on nous apprenait à faire à l’école. Au départ, j’ai joué pas mal de trad dans les bals, puis je me suis vite passionné pour la composition. Maintenant je joue toujours pour faire danser les gens, mais l’esthétique et les déhanchés sont différents.

Matthieu : De mon côté j’ai toujours pratiqué la musique étant gamin. J’ai fait mes armes au conservatoire en commençant par la flûte traversière, mais j’ai vite compris que pour assouvir mon besoin de taper un peu partout la flûte finirait par ne plus tenir le choc. J’ai donc commencé la batterie à l’âge de 10 ans et depuis c’est une histoire d’amour qui dure. J’ai eu mon diplôme de Jazz et musiques improvisées au conservatoire d’Evry Courcouronnes avec Guillaume Roy et Jean-Yves Roucan où j’y ai appris la composition, le piano et la batterie. En parallèle je suis allé à la fac pour passer une licence à l’université de Paris 8 en musicologie. Maintenant je sillonne les routes pour kiffer sur scène avec les potos.

Comment définiriez-vous votre style ?

Matthieu : C’est toujours une question compliquée car nous mélangeons beaucoups d’univers et bien souvent à des kilomètres de se rencontrer dans un monde normalement constitué. Mais sinon on s’amuse beaucoup à se définir comme du Folkcore, Techno Folk de l’espace ou encore de la musique Craditionnelle !

Raphaël : On s’inspire beaucoup de musiques répétitives et on choisi nos tempos par rapport à la danse. L´accordéon diatonique a une énorme connotation trad, pourtant la résonance métallique de ses hanches ressemble parfois étonnement à des machines. En ajoutant batterie triggée et synthé, il y a forcément une esthétique techno dominante, mais aussi dance, funana, folk, trance…

Comment vous est venue l’idée de créer TURFU ? Combien de temps cela vous a-t’il pris ?

Matthieu : TURFU date de notre première rencontre en 2014 au Portugal lors d’un rassemblement international de musique traditionnelle (ethno). J’étais clairement venu m’extirper de mon milieu musical habituel et j’ai eu le coup de coeur immédiat pour ces musiques à danser. Avec Raph ça a instantanément collé humainement comme musicalement. On a ensuite échangé pendant plusieurs années sur les internets autour de la possibilité de monter un groupe ensemble et en 2017 on s’est retrouvé en Belgique pour des sessions d’improvisations. Les premiers thèmes sont apparus ainsi qu’une direction commune: faire danser.

Raphaël : Notre tout premier concert, c’était au festival Andanças au Portugal, là où on s’était rencontrés au départ. On a été programmés alors que le groupe n’existait pas encore, ce qui nous a bien plu, car tout était possible.

Pourquoi TURFU ? Et quel est le secret derrière le nom « Espace Fraîcheur » ?

Raphaël : TURFU (souvent prononcé “tourfou”) est comme son nom l’indique le futur à l’envers, ou le passé ultérieur. On aimait bien cette idée de confrontation qu’on retrouve dans nos instruments et dans notre musique. En même temps, il fallait que le nom soit un peu cheap, facile à retenir et second degré. Grâce à Booba, c’était tout trouvé.

Matthieu : “Espace fraîcheur” c’est juste un endroit ou tu te sens bien, un endroit réservé au swagg et aux paillettes, mais c’est aussi le genre de truc qui a un aspect sain, vigoureux et qui garde son éclat. C’est tout nous ça ahah ! Plus simplement c´est l´épicerie en face de chez moi ou nous sommes souvent allés chercher des vivres et apparement de l´inspiration!

Où avez-vous déjà eu l’occasion de vous produire en live ?

Matthieu : Depuis les premiers concerts en août 2017 nous avons eu la chance de rencontrer Tina Luce Gros qui est notre incroyable bookeuse. Dans le paysage professionnel actuel de la musique faire tourner un groupe sans disque et juste avec 2 ou 3 vidéos filmées au téléphone c’est pratiquement impossible. Tina c’est un peu notre magicienne car c’est le genre de truc qu’elle sait faire.

Raphaël : En un an on a pu faire une quarantaine de concerts un peu partout en France et à l’étranger, entre festival de musique actuelle et bal folk. Pour en citer quelques-uns on a eu le plaisir de monter sur la scène du Hasard Ludique, du Festival des nuits de Nacres, du Festival Décibulles, du Festival Sur-Les-Pointes ou encore de Andanças au Portugal.

Pouvez-vous nous en dire plus sur Airfono Music?

Matthieu : Airfono c’est un label collaboratif indépendant fraîchement créé par Julien Princiaux notre producteur. C’est un prolongement de sa boîte de booking Cavalcade, chez qui nous sommes, et qui en gros nous permet de sortir des disques. Julien c’est un gros bosseur qui fonctionne beaucoup à l’humain et aux coups de coeur. Il a beaucoup de flair et arrive toujours à trouver des projets incroyablement biens ficelés avec une vraie identité musicale. Pour ses premières signatures il a sorti le dernier disque de Magnetic Ensemble “Rainbow”, “El Ndjoum” de Sofiane Saidi et Mazalda et “The Bridge” de Wolphonics. Autant te dire que nous sommes juste très heureux d’être la quatrième sortie.

Dans votre EP, la limite entre acoustique et électronique est presque imperceptible. Qu’est ce qui a été composé, samplé ou enregistré ?

Raphaël : Nous composons tout de A à Z et nous jouons tout en live sans samples ni boucles enregistrées. Sur ce disque nous avons cherché avec notre ingé son Julien Fourcin (le 3eme musicien) à effacer légèrement le côté acoustique de nos instruments respectifs pour vraiment avoir une pâte électronique typée “club”.

Matthieu : Tout ce que tu peux entendre sur ce disque est assez fidèle au live finalement, car nous jouons sur scène avec beaucoup de traitements; par exemple Raphaël utilise des pédales d’effet sur son accordéon et de mon côté en plus des synthétiseurs je m’amuse à trigger ma batterie acoustique pour la rendre plus électronique.

Avez-vous des projets futurs communs / individuels?

Matthieu : Pour les projets communs nous prévoyons de faire des clips pour les trois morceaux du disque. Tu peux déjà voir “Petite Fleur” qui est réalisé par Antoine Germain. Sinon on va se lancer dans la composition de nouveaux morceaux ce mois-ci pour mettre un LP en boîte autour de septembre/octobre. Pour mes projets individuels je suis en préparation de nouveaux disques avec mes groupes LoG et XAMAN.

Raphaël : Je joue parallèlement dans Zlabya, un quintet de musique à danser avec lequel on prépare notre 4e album. Dans mes recherches graphiques j´expérimente les liens entre son et image, comment jouer un dessin, tracer une musique.

Quel est le son qui te met la patate le matin ?

Raphael : La bande son du film “Indiamore” de Chassol. Je suis pas trop du matin et j’aime bien le silence aussi, mais cette musique me donne toujours la patate, j’irai même jusqu’à employer le mot frite.

Matthieu : J’écoute très peu de musique le matin et plus la radio, mais à choisir je crois que j’aime bien me réveiller avec un petit “Oroborus” de Gojira ou encore “Le spleen des petits” par Stupeflip.


Ta dernière trouvaille auditive ?

Matthieu : Ma dernière trouvaille, c’est le nouveau disque d’un groupe que je suis depuis un moment, c’est l’album “Scholars” du groupe Buke and Gase. Pour entrer dans le détail c’est Arone Dyer et Aron Sanchez qui font de la pop weirdo à partir d’instruments créés de leurs petites mains. Ils écrivent des morceaux en partant d’improvisations qu’ils enregistrent pour ensuite en faire des disques. C’est juste hyper canon et impressionnant de virtuosité dans l’art de la Pop Expérimentale. Il font un seul concert en France le 7 mars au Supersonic et je crois que c’est vraiment un truc à ne surtout pas rater.

Raphael : Altın Gün. De la super Turkish pop, entre chansons trad et funk psychédélique. A Lille, on a pleins de bottes secrètes pour lutter contre le ciel très gris et danser en toutes circonstances. Celle la en fait partie.

Espace Fraicheur est disponible dès maintenant sur Deezer, Spotify, Apple Music ou Napster.

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