A l’occasion de la sortie de son dernier EP Alcaline, nous avons pu échanger avec FEM. Ce jeune producteur breton nous parle de ses influences musicales, de son processus de création et de ses expériences live.

Pour commencer, peux-tu te présenter ?
Hello Sakatrak, Je m’appelle Simon, j’ai 27 piges et je bosse depuis 2011 sur mon projet FEM. Je suis Breton et j’habite à Rennes.

Tu as toujours baigné dans la musique, quelles ont été tes plus grandes influences musicales ?
Yes, j’ai eu la chance de découvrir les festivals assez jeune. Mes parents m’emmenaient au Festival du Bout du Monde et je continue toujours d’y aller aujourd’hui. C’est presque ma plus grosse source d’inspiration, car tous les ans je profite de ces 3 journées pour prendre une énorme bouffée de groove et de chaleur.
D’un côté, ma famille m’a inculqué une culture plutôt rock anglais et de l’autre via mes amis proches j’ai découvert la New Wave et la Disco. Et plus récemment je viens de comprendre le génie de M.Jackson, je crois que j’avais un blocage avec le personnage. C’est con parce que sa musique de 70 à 90 est quasiment la base de toutes mes influences du moment ! Mieux vaut tard que jamais ;).

Le son qui t’as fait aimé la musique électronique ?
Je dirais Trentemøller – Moan ! C’est vraiment le morceau qui m’a fait comprendre la puissance de l’électro.
Cela dit j’étais ado pendant la période « Daft Punk – Alive 2007 » et « Justice – A Cross The Universe » et je pense que ces deux lives m’influencent encore !

En tant que producteur, tu crées des sons originaux, peux-tu nous parler de ton processus de création ? Quelles sont tes sources d’inspiration ?
Alors, je bosse sur Ableton Live depuis que j’ai commencé.
Je commence toujours par les drums. Je me suis fabriqué un kick qui me correspond parfaitement et depuis 2018, je lui ai rajouté un ‘’hat’’ un tout petit peu en avance. Ça rajoute de la clarté et un effet de souffle que j’adore. Ce qui est intéressant c’est que je l’ai fait par hasard, une erreur à la base !
Ensuite la basse, si ça groove simplement avec ces deux éléments, le tour est joué. Après, je teste des samples ou des arpégiateurs que je peux aussi enlever par la suite. Ils me donnent des idées pour avancer et si je les trouve trop encombrantes je les vire. Je fais assez confiance à la machine, elle te surprend rapidement vue la puissance du logiciel.
Avant, je pouvais enchaîner 7/8h non-stop, mais au final je tournais en rond et je lâchais l’affaire. Aujourd’hui, je fais pas mal de pauses, tu coupes le son et tu penses à autre chose ou tu vas prendre l’air. Je suis vraiment plus efficace et j’arrive plus facilement à boucler mes morceaux. J’évite d’écouter de la musique avant, car ton cerveau à tendance à trop s’en inspirer. Du coup, à chaque fois, je ne sais pas où je vais. Selon mon mood du moment, je me laisse voyager. J’essaie tout de même de garder une cohérence dans tout mes morceaux, car ils sont tous destinés à être joués dans mon live.
Au niveau de mes inspirations du moment, je me réécoute beaucoup du Maetrik ou du Patrice Baumel. J’aime beaucoup le travail d’ATOEM également. Cette vague Synthwave m’intéresse énormément.


Ton nouvel EP sort le 28 janvier sur Naeba Records, comment s’est passée ta rencontre avec ce label ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de collaborer avec eux ?

En gros Frédéric, le patron du label, m’a invité sur une soirée à Paris. Ça a matché direct, car j’ai bien senti que le gars était passionné. Il m’a donc proposé de lui envoyer des morceaux et j’ai accepté sans hésitation. Pour la simple et bonne raison qu’il m’inspire confiance et simplicité. Je voulais également continuer à signer sur des labels français, car je trouve que l’on a une palette énorme de choix. C’est bien de signer à l’étranger, mais il y a très peu de relation humaine, tout se passe par mail et les législations sont bien différentes. Je trouve que les artistes sont beaucoup mieux protégés en France.

D’ailleurs, peux-tu nous parler de ton EP intitulé Alcaline ? Que souhaites-tu transmettre à travers ta musique dans cet EP ?
Je voulais me renouveler avec cet EP, car je tournais un peu en rond en 2017/2018. Le fait de collaborer avec beaucoup d’artistes pendant cette période m’a permis de découvrir de nouvelles techniques au niveau du groove et au niveau du mix. Je voulais garder ma patte efficace et progressive tout en assumant mes nouvelles influences. J’ai beaucoup plus fouillé que d’habitude dans les vieux synthés style SH-101, Jupiter-8 ou même MC 303. Je voulais également diminuer mon tempo et partir sur un groove plus lent et lourd.Paradoxalement, j’ai beaucoup moins d’éléments que mes autres releases, je voulais me concentrer avant tout sur la texture sonore. Enfin, avec Theobald Ringer, on voulait présenter autre chose que notre « Delta 97 » qui était vraiment inspiré Detroit. L’idée c’était de montrer une autre facette plus sombre et moins dancefloor. Je trouvais intéressant de joindre ce track à cet opus, car il était cohérent avec les deux autres morceaux.

Tu as joué aux côtés des plus grands (Laurent Garnier, Blawan, Agoria…) Qu’est-ce que ça fait la première fois ?
Forcément ça impressionne, mais ça reste des êtres humains. Comme mon naturel revient vite au galop, j’évite les discussions bateaux et les rencontres sont beaucoup plus intéressantes au final. Pour la petite histoire, j’ai sorti une énorme gaffe dès les premiers mots avec Agoria. Mes potes appellent ça une « Simonerie », les deux pieds dans le plat, propre quoi. 🙂
Garnier, j’avoue avoir été impressionné. Mais, au-delà de tout ce qu’il fait pour la musique électronique, ce qui m’impressionne le plus c’est le temps qu’il passe à écouter et répondre à tout les gens qui lui envoient du son ! Tu le sens qu’il a envie d’aider, transmettre et ça, c’est… respect et merci !Le meilleur gars que j’ai pu rencontrer c’est sûrement Kink ! Ça se ressent dans sa musique, c’est un mec passionné, simple et humble !

Ton meilleur souvenir de soirée ? Et le pire ?
Je pars du principe qu’il n’y a pas de petite date. Il y a forcément des dates plus longues que d’autres et c’est normal. C’est pour profiter encore plus des dates vraiment fat. Pour vous donner un exemple, j’ai été recruté par mon agence de booking Wart dans un tout petit bar à Quimper. Et aujourd’hui je vis de ma musique grâce à eux. Les petites dates te permettent aussi de faire des tests, car c’est plus facile de faire danser une masse de personnes que les 4 personnes qui sont venues simplement boire un verre ! Rien n’est acquis et c’est ça qui est intéressant !
Mais je vous avoue que mon meilleur souvenir reste mon passage en 2014 au Festival Panoramas !

La dernière trouvaille auditive dont tu ne peux plus te passer ?
En fouillant dans mes vieilles recherches de 2015, je suis retombé sur ce track que j’avais complètement zappé. Il résume exactement ce que je recherche comme son en ce moment ! C’est brut et sensuel comme j’aime et la référence est assumée ! Mortel

Un dernier mot pour la fin ?
Tout d’abord merci Sakatrak pour votre soutien et merci à toutes les personnes qui me suivent depuis 8 ans. J’oublie parfois la chance que j’ai de vivre de ma passion donc il ne faut vraiment pas zapper d’où l’on vient. Ça permet aussi de garder les pieds sur terre ! La musique c’est avant tout un partage d’émotions et il ne faut pas faire ça pour la gloire et les paillettes. Finalement le plus dur c’est de garder confiance en son travail, mais sans mes proches j’aurais arrêté depuis bien longtemps.
Si je devais donner un conseil à tous ceux qui souhaitent vivre de leur musique : restez vous-mêmes et suivez votre instinct !

By Léa