Voilà maintenant six ans que le collectif et label Boussole Records, projet initié par une bande d’amis passionnés de musique, trace sa route sur la scène électronique toulousaine. Six années durant lesquelles ils ont vu évoluer cette culture au sein de leur ville, tout en y devenant un acteur incontournable. Avant que l’équipe ne fête son anniversaire au Bikini, nous avons souhaité poser des questions à Paul, manager de Boussole Records, pour évoquer le projet global du collectif et faire un état des lieux de la scène électronique toulousaine en ce début d’année 2019.

 

Pour commencer, pourrais-tu présenter Boussole Records ?

Hello ! On est Boussole Records, on fête nos 6 ans ce mois-ci, précisément le 19 janvier au Bikini. Le collectif a deux activités principales : label et organisation de soirées, la seconde ayant une place beaucoup plus importante sur les 2 dernières années.
À la création en janvier 2013 c’est simplement parti de l’idée de partager la musique avec un public, ailleurs qu’en soirée en appart entre nous. Le collectif s’est développé dans le centre de Toulouse, au tout début à l’Épisode Café et au Cri de la Mouette, puis à la Dynamo et au Bikini.
Le label est arrivé en 2014. Au début on était seulement sur du format single, un titre voir deux par mois, puis des compilations physiques (format CD) disponibles en distribution gratuite, principalement sur Toulouse. On y trouve dessus les productions de gars du collectif et des potes pour les premières, puis des invités par la suite. On a sorti notre quatrième et dernière à l’été 2017. Le label est dormant depuis un peu plus d’un an, mais on prévoit de réveiller tout ça prochainement !
Depuis 2 ans on organise régulièrement des soirées à Toulouse, avec des invités nationaux et internationaux, au Cri de la Mouette, Connexion Live et au Bikini.
Le collectif compte 10 personnes au total, 3 dans la partie organisation, production, direction artistique et graphisme : Romain, Gilles et moi-même. Du côté des artistes, tous dj et producteurs, on retrouve KHALK, KENDAL, les M&C, FILIBER, Palynka et Mangabey.

[Teaser] Boussole 6 Anniversary feat. LONE

Depuis vos débuts, toutes vos productions sont en accès gratuit sur Bandcamp, pourquoi avoir fait ce choix ?

On s’est basé sur notre propre rapport à la musique et notre façon de consommer. En gros soit c’était du méchant piratage pur et dur, soit un timide achat de format physique et le peu d’achats au format digital se faisait via le site bandcamp. Après quelque temps, c’est donc sur cette plateforme qu’on a basculé. Le gros avantage qu’elle offre, c’est l’option « name your price » (choisit ton prix). Celui ou celle qui souhaite se procurer un morceau, EP ou album décide du prix : il peut y mettre 0€ ou bien 3€ ou 10€, la participation est libre. On adhère à ce fonctionnement et encore aujourd’hui le principe est super bien reçu. Tout récemment, Avalon Emerson a lancé son site buymusic.club, pour mettre en avant la musique des producteurs indés sur bandcamp.
Le format CD était lui 100% gratos, c’était clairement une façon de dire « merci pour le soutien, merci de venir aux soirées, on vous file cela en retour! »

Avec cette décision de partager librement votre musique, comment parvenez-vous à être viable sur le plan financier ?

Pour être honnête on n’avait pas vraiment réfléchi à ça en se lançant dans la partie label, on voulait seulement un moyen de sortir rapidement les morceaux de nos artistes, il n’y avait pas l’aspect financier en jeu derrière. Puis ensuite on a opté pour l’option « name your price » citée plus haut et avec les recettes récupérées, on pouvait financer les frais correspondant à la fabrication d’une nouvelle compilation CD, une sorte de cercle vertueux qui nous convenait bien. L’aspect financier rentre surtout en jeu dans l’organisation de soirées, plus de 80% de ce qui rentre provient de là.

Boussole Records va souffler ce mois-ci sa sixième bougie. Vous avez assisté à de gros changements sur la scène électronique toulousaine depuis la naissance de votre crew ?

Les choses ont bougé depuis 2013 c’est certain, mais il n’y a pas vraiment eu de changement radical.
Ce qui a surtout évolué c’est la scène locale qui est plus forte et identifiable, beaucoup de nouveaux collectifs ont vu le jour et on se retrouve donc avec plusieurs soirées et événements bien qualitatifs chaque week-end. Ce qui n’était pas forcément le cas lorsqu’on a débuté.
Paradoxalement il n’y a toujours pas de nouveau lieu pour accueillir tout ce petit monde et leurs bonnes idées. C’est toujours le sujet de discussion entre nous tous, à Toulouse il y a de quoi faire, mais il manque toujours un vrai club adapté en centre-ville. On commence à se faire à l’idée que ça n’arrivera probablement pas, alors des alternatives se mettent en place !

Pour revenir sur nos débuts, la fermeture de la Dynamo en 2016 a foutu un gros coup, on finit toujours par en parler à un moment ou à un autre. Encore aujourd’hui, cet endroit nous manque beaucoup, c’est en partie dans ce lieu que Boussole a pu se développer.
Plus globalement on peut saluer le fait que la club culture est maintenant plutôt bien installée en France, et ça se ressent à Toulouse.

Comment se fait la cohabitation entre les différents collectifs et artistes de la ville ? Quels sont les plans aujourd’hui si l’on veut écouter de la musique électronique sur Toulouse ?

Globalement assez bien! On se connaît tous plus ou moins et Toulouse c’est le petit village, c’est bien connu, donc on se croise régulièrement en soirée ou en terrasse, et il n’y a pas vraiment de place pour la concurrence entre nous, les groupes se mélangent, on se serre les coudes.
Puis chacun a ses habitudes, ses programmations, ses créneaux, la plupart du temps on ne se marche pas dessus. Et si un soir il y a deux ou trois crews différents qui ont une teuf prévue à différents endroits de la ville, no big deal, c’est bon pour la scène toulousaine dans sa globalité que les gens aient le choix !
Pour un référencement des soirées et événements intéressants, le groupe facebook des potes Chineurs de Toulouse référence ça chaque semaine. Pour chopper des bons vinyles, des bons conseils et rencontrer des gens cools, un tour chez Innerdisc est chaudement recommandé !

Après avoir fait venir Chaos In The CBD et Mézigue sur vos anniversaires, vous conviez cette fois-ci Lone. Qu’est-ce qui motive le choix des artistes que vous invitez?

Pour chacune de nos soirées, le choix des guest est réfléchi en amont, ça ne se fait jamais sur un coup de tête. Je garde un œil sur les prog des festivals et de différents clubs en Europe, les nouveaux mixs, morceaux, articles des mag spécialisés, etc.. qui sortent chaque jour, un travail de veille classique quoi. Mais j’adore ça, c’est toujours avec passion et plaisir.
J’ai un fichier Excel toujours ouvert auquel j’ajoute tous les nouveaux artistes et qui grossit chaque jour, puis quand on a une soirée à organiser, en fonction du lieu, de la programmation et autres, je peux piocher dedans. Le seul point « négatif » est qu’avec une soirée par mois en moyenne, il est parfois frustrant d’avoir toutes ces envies de booking. Patience !
S’il faut des « critères », je dirais que je me base toujours plus sur des mixs que sur des productions. Quand il y a les 2 c’est cool, mais tu arrives plus vite à savoir si ça peut coller ou pas avec un mix. Si ce que j’entends me plaît, puis surtout me donne envie d’entendre ça en club et de le partager avec le public, que ce n’est pas chiant, dansant ; peu importe que l’artiste soit producteur ou pas, si la sélection est variée et la vibe est bonne, ça joue énormément.
Si l’artiste dégage un bon feeling, que tu sens que tu passeras un bon moment avec, c’est aussi très important, et jusqu’ici ça a toujours été le cas, ça participe vraiment à une soirée réussie.
Pour ce qui est de la renommée ou pas du guest, on y fait pas vraiment gaffe. On a la chance d’avoir le nom Boussole et un petit réseau maintenant, donc peu importe le nom de l’artiste car si on fait bien notre boulot derrière, le club sera rempli un minimum et on passera un bon moment, en écoutant du bon son, ça reste primordial ! Enfin j’essaye de faire venir des artistes encore jamais passés à Toulouse, pas forcément pour dire ‘je l’ai fait en premier’, plus pour proposer des choses neuves.

On peut encore s’attendre à l’une de vos traditionnelles compilations pour cet été ?

Alors non, comme l’an dernier, pas de compilations en 2019 non plus, c’est terminé ! Mais comme dit plus haut, le label « renaît » en 2019, avec une première sortie vinyle qui arrive.

Un dernier mot pour la fin ?

Merci pour cette petite interview ! Et on se voit samedi au Bikini pour les 6 ans 🙂 Pour se placer déjà un peu dans l’ambiance, petite playlist avec quelques sons qui nous ont marqués en 2018, et qu’on entendra sûrement samedi !

Pour retrouver Boussole Records :

Fb : https://fr-fr.facebook.com/boussolerecords/

Bandcamp : https://boussolerecords.bandcamp.com/

event Boussole 6 Anniversary Party : https://fr-fr.facebook.com/events/257655584880620/