Une bonne partie d’entre vous doivent connaître le Sarcus Festival qui a fêté sa troisième édition en septembre dernier dans une abbaye en Indre. À la tête du festival se trouve Noé Thoraval aka DJ Mad Pablo, aussi fondateur et directeur de l’agence Quatrième Mur qui gère le festival. Lors de notre rencontre, on a parlé des projets de l’agence et des artistes, du déroulement de la troisième édition du Sarcus, de la scène électronique parisienne actuelle et de ses influences musicales plus personnelles.

Hello ! Pour ceux qui ne connaîtraient pas encore l’Agence Quatrième Mur, tu peux nous expliquer le concept en quelques mots ?
Le Quatrième Mur est un concept emprunté au théâtre, où il représente le mur invisible qui sépare le public des acteurs, la réalité de la fiction, et qui peut s’effacer ou se marquer en fonction des styles de mise en scène. Nous avons emprunté le concept et l’avons appliqué à la musique, sujet pour lequel ce mur invisible existe aussi. L’idée est de créer des expériences musicales qui jouent avec cette frontière, mélangeant acteurs et spectateurs de manière immersive et innovante, afin d’ouvrir la perception des participants !

Quel type de projet développez-vous actuellement ?
Ces expériences peuvent prendre beaucoup de formes, avec tout d’abord le développement d’artistes capables de performances musicales ou visuelles live aux installations uniques, avec un roster composé aujourd’hui de 5 live performers musicaux – A.T., Fasme, Groove Boys Project, Leopard DaVinci & Puffin – et tout récemment d’un VJ / Mapper / artiste numérique – ANTN aka Antonin Dony – déjà en charge des installations visuelles du Nostromo Festival ou du Sarcus Festival.
Nous sommes aussi producteurs d’expériences culturelles avec le Sarcus Festival et “La Maison Sarcus” (déclinaison du Festival en format club) qui sont au coeur de l’agence, les “Quatrième Mur Live Session” que nous allons relancer (showcase des artistes du roster) et enfin un nouveau projet surprise en co-production avec les amis de Make It Deep qui devrait sortir de terre prochainement…
Enfin, l’objectif de l’agence est de gérer la DA / programmation d’un lieu de vie, et à terme de créer le notre dans l’idée qu’il soit un laboratoire de nos différents projets, idées folles, artistes et expériences.

La troisième édition du Sarcus Festival a eu lieu du 28 au 30 septembre dernier dans une abbaye à 2h de Paris. Qu’est-ce que vous retenez de ce week-end, en positif et négatif ?
En positif : une ambiance unique. C’était vraiment un moment spécial, du début du montage jusqu’au dernier mégot ramassé, passé avec une équipe (bénévoles, staff, prestataires) géniale, une pure team. Un des bénévoles (salut Vivian) nous a raconté une histoire super mystique, comme quoi les abbayes étaient construites sur des foyers d’énergie terrestres que les moines savaient repérer. La vibe géniale du week-end était peut-être dûe à ça, ou au fait que les festivaliers (super gentils et ouverts) étaient sans portables et donc disponibles à beaucoup d’autres choses, à la diversité des musiques et des spectacles culturels proposés, à la nature environnante, à l’esprit familial que nous essayons de mettre en avant… C’est ça le Sarcus ! 😉
En négatif, il faisait bien froid la nuit. On va essayer d’avancer l’événement de 2 semaines l’année prochaine. Sinon nous sommes très contents de l’orga proposée pour 1700 personnes, à part un manque en toilettes et en cendrier, ainsi qu’un gros bug sur le remboursement cashless avec Pumpkin. On vous a entendu là-dessus, on corrige le tir pour la prochaine !


Le concept du Sarcus, c’est la (dé)connexion à travers l’interdiction d’utiliser les téléphones portables. Pourquoi avoir suivi cette ligne ?
Durant les deux premières éditions qui avaient un concept moins précis, on a observé le besoin profond des festivaliers : faire des rencontres fortes avec de nouvelles personnes, découvrir de nouvelles musiques, se perdre (dans le bon sens) en terme de géographie, de temps, de responsabilité… se déconnecter de leur routine un peu stressante. On a peu à peu construit une réponse à ce besoin, qui est aussi le nôtre, en proposant des événements longue-durée dans des lieux atypiques en pleine nature, avec une programmation pluri-artistique à 100% composée d’artistes émergents français, sans portable pour éviter la pollution que peut provoquer le trop-plein d’informations – que ce soit les notifs facebook, la météo ou les infos – et permettre aux gens de se déconnecter pour mieux se connecter aux autres et à eux-même.

Un son qui, à tes yeux, reflète cette édition ?
C’était dans le teaser et du coup on l’a entendu tellement de fois que c’est clairement le son de cette édition : électronique, ensoleillé et rêveur : Morenas – Cuando Brilla la Luna (En la Cima del Mundo) sur le mythique label Dance Floor Corporation.

Et concernant le projet de la Maison Sarcus que tu as cité plus haut : tu peux nous en dire plus ?
La maison Sarcus c’est notre logo, maison loufoque et colorée qui représente bien notre état d’esprit. C’est aussi le nouveau nom des déclinaisons club mensuelles du festival à Paris et en province. Enfin, c’est aujourd’hui une véritable petite maison de 64 mètres cubes à l’image de notre logo (soit 4m x 4m x 4m), installée cette année sur le festival et qui servira bientôt de scénographie pour des scènes Sarcus Festival que nous allons installer sur d’autres événements avec nos artistes résidents, des mappings sur la structure… surprises à venir !

Même si la partie événementiel représente une grande part de l’agence, vous gérez aussi le management et booking d’un roster 100% live très quali. Comment se sont créé ces collaborations artistiques ?
Le destin… haha, en vrai c’est un peu ça : les Groove Boys Project ont gagné un concours Chineurs de Paname pour mixer au Sarcus Festival 2016 lors duquel nous avons beaucoup sympathisé. A.T. est un duo formé de Arnaud Denzler et de Thomas Lachèze aka Ensthal, artiste invité pour notre premier événement parisien après son super EP sur Les Yeux Orange, et Leopard DaVinci était en train de retourner l’alimentation générale avec une combinaison intégrale orange alors que j’y venais par hasard pour boire un verre. Puffin & Fasme sont arrivés dans une deuxième vague, après que l’on se soit rencontrés avec le crew Electronic Feeling au Sarcus 2017, et ce fut le coup de foudre amical et musical. Pour ANTN, je pense que le coup de foudre date de la première “boobs-planet” qu’il a dessiné et projeté dans un événement Sarcus hahaha. Ces rencontres tournent beaucoup autour du Sarcus, qui est un peu l’âme de l’agence même si les projets tendent à s’équilibrer.

La concurrence sur le marché parisien de la musique électronique est rude ; en tant que nouvel acteur, c’est dur de se démarquer et de se faire sa place ? Quels sont les enseignements que tu en retires pour le moment ?
Oui c’est vrai qu’il y a beaucoup de monde, après la plupart sont maintenant des potes et c’est une concurrence amicale : on se taille un peu mais on s’entraide surtout pas mal. Dans tous les cas on ne regarde pas trop ailleurs, on reste concentrés sur notre musique et sur notre propre vision, c’est le plus important. Sinon il faut faire beaucoup de blagues pourries pour se détendre, ne pas aller trop vite, bien s’entourer et respecter les gens avec qui on travaille, être très rigoureux et s’éloigner des personnes et projets toxiques. Et avoir une bonne réserve de Club Mate au bureau.

Un son de chaque artiste du roster ?
A.T. : A.T. : Un premier EP dub techno très très cool va sortir bientôt, sur lequel ils travaillent depuis un moment. Le track Prologue est leur dernière sortie, petit missile techno où on retrouvE un peu la puissance et les textures qui marquent leurs lives et projets actuels.

Fasme : Il sort une track par semaine depuis un mois et c’est pas près de s’arrêter. Ma favorite ? Big Deal.

Groove Boys Project : Après un premier EP Classic House très réussi, les Boys commencent de plus en plus à montrer d’autres facettes que j’aime beaucoup : la jungle, avec un nouveau projet “Keraw” (GBP + Rawaï) et l’acid avec Ligne 11 express sorti sur La Menace. Plusieurs sorties vinyles arrivent encore cette année…

Leopard DaVinci : Words, sur son dernier E.P. “Coiffeur Boogie” : très groovy, entre organique et électronique, un bon gros délire en live avec sa keytar construite maison.

Puffin : Une des dernières de Puffin que j’aime beaucoup, très sensible et puissante à la fois, qui souligne par le format Jam son goût pour le Live et l’improvisation.

ANTN : Anto avait créé de supers visuels et Mapping au Nostromo Festival, la vidéo m’avait bien fait kiffer. On comprend vraiment l’intérêt de son art par la complémentarité qu’il arrive à créer avec la musique électronique.

Y a-t-il des projets en route pour l’agence, que ce soit dans la partie événementiel ou artistique ?
Je pense qu’on a parlé de la plupart des projets de l’agence, et qu’en dehors de ceux évoqués on ne va pas plus se disperser et plutôt travailler plus intensément sur ce qui existe déjà. Le but d’une petite agence comme la nôtre est de développer des projets qualitatifs, d’essayer de faire des choses originales qui nous tiennent à coeur et pas de créer des events énormes, ça ne nous intéresse pas. C’est un projet de passionnés !

Concernant le mix que tu as réalisé pour Sakatrak (à écouter en haut de l’article), ça correspond à la programmation du Sarcus ?
Oui et non, j’ai vraiment mon délire musical plus personnel avec mon alias DJ Mad Pablo où je passe de la deep house / minimale parfois un peu bizarre, beaucoup de sons acid et de broken beat, puis plus tard dans la nuit une electro-techno aux accents rave, trance ou Drum’n’bass assez rapide vers 130-135bpm. Pas mal de gens pensaient que je jouais très soulful & house comme les Groove Boys avec qui je suis beaucoup sur les dates, et en fait pas vraiment mais ça ne m’empêche pas de beaucoup aimer ce qu’ils font. J’écoute et programme beaucoup de choses complètement différentes de ce que je joue : afro, disco, hip-hop, rap, pop, musique classique, jazz et future jazz, dub techno, funk… Il y a tellement de trucs cool que je comprends pas l’idée de rester dans un seul style !