Du 19 au 23 septembre prochain, le festival Scopitone sera de retour au Stereolux à Nantes pour plusieurs nuits de folie. Parmi les nombreux artistes programmés, il y a Sentimental Rave, artiste féministe engagée qui fait dans le hardcore mélodique. Rencontre avec une artiste ambitieuse.

Comment t’es venu le nom d’artiste Sentimental Rave ?
Alors c’est venu via une association de mots, je cherchais un nom qui pourrait vraiment définir ce que j’aime et ce que je voulais faire. « Sentimental » pour les mélodies et les choses plus tendres. Puis « Rave » pour la techno, et tout ce que ça englobe. Je voulais créer une dualité dans mon travail.

Comment as-tu découvert la scène Rave/Gabber et qu’est-ce qui t’a amené à passer derrière les platines ?
Je l’ai découvert au hasard ; à force de sortir, de rencontrer des artistes, ça m’est un peu tombé dessus. Je sortais beaucoup en club quand je suis arrivée à Paris (il y a sept ans), j’étais curieuse de la scène techno et surtout de ce qui s’était passé avant. J’ai commencé à faire des recherches, regarder des documentaires qui m’ont amené au gabber, au hardcore, à une techno et une culture qui me plaisait plus que ce que j’entendais dans les clubs. J’ai commencé à mixer chez moi, pour des soirées, des amies, et ils m’ont fait confiance et ont été les acteurs de mes premiers bookings.

Co-créatrice d’un magazine, Dj, productrice ou encore photographe, tu multiplies les créations artistiques. Comment t’es-tu retrouvée engagée dans tous ces projets ? Existe-t-il un lien entre tes différents travaux ?
Je pense que oui. Seul le medium et la façon de m’exprimer change, mais à travers tout ça les sujets sont similaires. J’ai besoin de parler mais j’ai du mal à le faire avec de vrais mots alors pour moi c’était plus facile de passer par l’image. J’ai commencé à faire de la photographie, ma seule envie était de montrer une beauté un peu oubliée, et sa diversité. Puis dans la création musicale, j’ai découvert une façon de libérer des pulsions, se couper du monde, avec une infinité de façon de le faire et j’ai continué.

Quel est le son qui résume le mieux ton univers musical ?
C’est très dur pour moi de trouver une musique qui résumera parfaitement mon univers musical car je considère mon « univers » comme étant le mélange de plein de style, passant par la techno au hardcore, gabber, l’acid, trance, expérimentale… Comme nous sommes en constante évolution je dirai que pour le moment, « Purple Moon » de Miro regroupe tout ce que j’aime : un kick et une mélodie qu’on pourrait qualifier de triste.

Et le son, pour toi, qui va chauffer la salle à coup sûr ?
Pareil, ça me parait une vraie torture de choisir. Je dirais « Schwarzer Regen » de Khardasia, mais on ne sait jamais si ça va chauffer la salle à coup sur, je préfère suivre le public et voir ce qui fonctionnera.

En tant qu’artiste autodidacte et engagée, que penses-tu de la place des femmes dans la musique électronique ?
Partons du principe que le monde de la musique électronique est essentiellement contrôlé par des hommes blancs cis. La place des femmes existe mais pas assez. On est obligé de créer des espaces pour visibiliser les femmes dans ce milieu comme Female Pressure qui recense sur internet les artistes en fonction du genre de musique, ce qui facilite aussi la tâche aux promoteurs qui pourraient dire qu’il n’y a beaucoup de femmes dans la musique. Il y a aussi Discwoman à New York qui a créé son agence inclusive ne représentant que des femmes, on y compte des DJS comme Umfang, Dj Haram… Puis après vient la place des femmes racisées dans le milieu de la musique électronique qui sont encore moins visibles.
Cette place nous a été interdite ou en tout cas refusée depuis longtemps. Quand on essaie de faire des recherches sur quelles meufs étaient Dj en 90, quelles meufs faisaient de la techno à cette époque on se retrouve bien souvent face à des pages blanches, alors qu’elles ont fait partie de cette époque, et qu’on compte beaucoup de femmes productrices, mais qui n’ont jamais été mises en lumière. Ce qui change c’est qu’on n’attend plus que les promoteurs changent, on crée des bookings, on crée des événements, des associations, on essaie de faire changer les choses à notre échelle. J’aimerais que chaque personne se remette en question avant d’organiser un événement, et se demande s’il y a une vraie parité sur son line up, c’est ça qui ferait avancer le combat.

As-tu des projets futurs dont tu peux nous parler ?
Pour le moment, je produis beaucoup, en préparation d’un EP pour la fin d’année ou l’année prochaine. Je n’ai rien sorti depuis déjà un moment, je travaille sur d’autres façons de faire de la musique, j’apprends beaucoup des gens autour de moi. Je prends mon temps, mais plein de choses vont arriver. J’aimerais aussi voir un live naître en 2019.
On a aussi ce festival qui me tient très à cœur dont j’ai rejoint l’organisation de « Comme Nous Brûlons » qui est un festival féministe organisé par plusieurs associations et personnes, mettant en lumière des artistes venant d’un peu partout dans le monde : musique, expositions, performances, qui a eu lieu à la Station Gare des Mines le 7,8,9 septembre à Paris. On travaille sur le fait d’avoir une programmation entièrement faite d’artistes féminins, de créer un lieu safe, un lieu d’échange et également un espace de visibilité pour les meufs, les personnes trans et queers.

By Dorian