Si je devais vous avouer un de mes rêves les plus fous, je répondrais sans hésiter le voyage dans le temps, remonter aux confins des temps médiévaux et y organiser un festival de musique, à la fois électronique, pop, hip-hop, rock et garage. Pendant 3 jours en août, le Chateau d’Avully, situé au fin fond de la Haute-Savoie, se voit ressuscité aux rythmes des sonorités en tout genre. J’ai voulu en savoir plus sur ce festival au cadre si atypique, et le Collectif qui l’organise, Château Sonic.

Quel est le nom de votre collectif ?
Tout le monde nous appelle « les meufs de Château Sonic », même si aux yeux de l’administration on a un nom officiel qui fait très institution institutionnelle à vocation d’organiser des activités culturelles pluridisciplinaires pour un public transversal dans un contexte rural difficile… Mais je t’avoue qu’on s’y perd… par exemple depuis peu une frange rebelle a développé son groupe secret au sein du collectif : Tartes Salées, c’est une sorte de “djettes band”, qui voue un culte boulimique aux quiches lorraines… Elles sont en opposition assez radicale avec Bellegraine, le seul mec du collectif, qui se prétend vegan raffolant de graines, mais qui en fait ne perd jamais une occasion coupable de manger un cheese naan kebab.

Depuis quand existe t-il et comment s’est-il créé ?
L’idée a émergé à la fin de nos études, quand la question existentielle s’est posée : « et maintenant, on fait quoi ?”. Et puis en septembre 2015 une occasion s’est présentée avec le Château d’Avully qui souhaitait s’ouvrir à de nouveaux publics non médiévistes et nous proposait une carte blanche pour un événement. On a donc mûri l’idée, mobilisé les troupes, lancé la machine pour partir à la conquête de la Haute-Savoie.

Quels en sont les principaux membres et d’où venez-vous globalement ?
Le noyau dur est composé de 8 bénévoles qui bossent sur le projet à l’année. Mais bien entendu nous avons une myriade de gens qui nous filent un gros coup de main. Du jour après le festival jusqu’à la réouverture des portes l’année suivante. On va dire que Lyon a été un point névralgique pour la constitution des 8 fondateurs, dont beaucoup sont des sciences-pistes, mais globalement on vient tous de France et de Navarre, même si on a une ligne Beyrouth-Brenthonne et Göteborg-Beyrouth qui s’est ouverte depuis deux ans, puisque deux des fondatrices vivent en Suède et au Liban.

Comment vous est venu l’idée de créer un festival ?
L’idée du festival nous est venu après nos études lorsque notre groupe d’ami commençait à découvrir le monde fabuleux du plein emploi. On voulait nous aussi faire partie de la start-up nation, mais en réhabilitant le Moyen-âge aussi, époque trop souvent dénigrée, bien que délicieuse (contrairement à aujourd’hui où ne peut plus rire de rien). L’opportunité du château s’est présentée et l’idée du micro festival dans un cadre médiéval est née. Au début on ne savait pas trop où on allait, chacun des 8 fondateurs avait une idée particulière de ce qu’il voulait faire, et c’est peut-être ce qui constitue finalement la force de Château Sonic. Ces idées multiples qu’on se donne les moyens de réaliser et qui forme un tout, protéiforme qui trouve son sens. Ce n’est pas qu’un festival de musique. C’est une bulle de trois jours, intimiste et bon enfant qui met en avant des artistes, des assos et des intervenants dont les messages font du bien et qu’on n’entend pas assez souvent. C’est une communauté bienveillante qui essaye de mettre en place des solutions environnementales à la portée de tous. Le festival va continuer de grandir, de se construire avec de nouvelles idées et des personnes qui voudront eux aussi apporter leur pierre à l’édifice. On est devenu une force organique.

Charles-Henri Paysan

Qu’avez-vous trouvé en premier, le nom « Château Sonic » ou le Château d’Avully ?
Le nom “Château d’Avully” était malheureusement déjà pris par les châtelains de Brenthonne, nous avons dû donc nous rabattre sur Château Sonic qui avait montré les meilleurs résultats sur notre échantillon type. Deux critères étaient importants pour nous, caler une partie en anglais pour le côté international, et évoquer notre passion pour les romans chevaleresques.

Pouvez-vous nous en dire plus sur ce lieu ?
Ce lieu est assez iconique dans le Bas-Chablais, il date du 12ème siècle mais a été totalement reconstruit durant la seconde moitié du XXème siècle par la famille Guyon. On va dire que le fait que la famille gérante soit d’accord qu’on organise un festival de musique dans leur jardin, sur tout un week-end avec une jauge de 1500 personnes par soir a été décisif dans l’orientation de notre choix. On a une très bonne relation avec eux, ils adorent le concept et sont grands fans de Bamao Yendé. Il faut dire que le château se trouve aussi en Haute Savoie, cadre idyllique et terre natale de trois de nos membres chéris. C’est un vrai un plus pour inviter tout le réseau des oncles et tantes à animer le bar.

Comment décririez-vous la programmation ?
C’est un choix de ne produire que des artistes de labels indépendants. On veut faire découvrir des groupes qui n’ont pas forcément l’habitude d’être programmés dans la région, et proposer aux locaux une offre culturelle différente. La programmation reste assez diversifiée entre les deux scènes, du rock garage à la cold wave en passant par de la pop, du hip hop et finissant sur les musiques électroniques.

Charles-Henri Paysan

D’où viennent le nom des 2 scènes « Muraille du son » et « Knight Club » ?
Knight Club c’est un hommage à une collaboration dont personne n’entend jamais plus parler puisque les seuls membres vraiment connus ont compris assez vite que les robots c’était plus vendeur que les chevaliers. Sur le Knight Club on y passe surtout de la musique de club, house et disco, notamment. Cette année on y retrouvera par exemple Look Like, Glitter ٥٥, Mambo chick…  La Muraille du son c’est un clin d’oeil à un guilty pleasure de nos années collège, qu’on passe sans se poser de questions…

Quels sont les styles qui y prédominent ?
Comme la programmation est assez riche, et reflète les coups de cœurs et goûts de chacun des membres du collectif, on ne peut pas dire qu’il y’a des styles qui dominent, si ce n’est peut être qu’il y a une ligne artistique de Château Sonic qui émerge de ce chaos : l’idée c’est que les gens puissent découvrir un son qui ne soit pas forcément dans leur playlist.

Des coups de cœur à proposer ?
On les aime tous ! Impossible de choisir ! Regardez le teaser de la 3e édition. Une belle idée de ce qui vous attend.

Quels sont les soucis que vous avez rencontrés les années précédentes ?
Pour être tout à fait honnête il y a tellement de soucis quand on veut organiser un tel événement avec peu d’expérience qu’on pourrait pas tous les nommer. Mais on a toujours réussi à tous les surpasser, “à chaque problème sa solution” pourrait être une devise de Château Sonic. Après le plus frustrant ce sont les intempéries qui sont imprévisibles et incontrôlables, il faut donc lâcher prise quand cela arrive, se dire qu’on a bien fait d’acheter une cape quechua et se resservir à boire.

Comment les avez-vous résolus ?
On a essayé de moins boire au travail, ça n’a pas tout résolu, mais au moins l’équipe scéno construit des choses symétriques depuis.

Quelles ont été les affluences des précédentes éditions ?
On adore les chiffres chez Château Sonic, je vais donc pouvoir te répondre sans langue de bois pour que nos sponsors soient contents : +65 % par rapport à l’année précédente 😉

Combien de personnes attendez-vous cette année ?
Cette année on attend à peu près 1000 personnes par soir…

Combien de personnes travaillent et travailleront sur l’organisation du « Château Sonic »?
Ca sera une équipe de 100 à 120 intervenants, techniciens, bénévoles et artistes qui seront sur le pied de guerre durant les 3 jours de festival. Nous cherchons d’ailleurs encore pas mal de bénévoles prêts à rejoindre la cause, surtout pour le démontage ! Ils peuvent nous contacter sur hello@chateausonic.com ou remplir ce formulaire en ligne. Ils seront reçus avec beaucoup d’amour et de bienveillance. Et les petits plats de Marie au catering sont du pur génie.

Charles-Henri Paysan

Que prévoyez-vous comme animations autres que les concerts ?
Cette année encore la journée sera gratuite et nous proposerons de nombreuses activités pour tous les publics : lectures de contes et théâtre en plein air, initiation aux danses urbaines, des ateliers un peu plus DIY pour créer son masque pour les enfants, ou son tote bag avec des teintures végétales, des ateliers de relaxation, massages, Qi gong… une projection de courts métrages en plein air pour clôturer le festival en douceur, et encore bien d’autres animations… L’idée est vraiment de pouvoir offrir une expérience globale aux festivaliers qui ne se limite pas aux concerts mais qui permet de faire de nouvelles découvertes. L’objectif est que les festivaliers deviennent pleinement acteurs du festival.

Est ce qu’une prochaine édition est déjà dans vos projets ?
On est très pragmatique sur la question, personne ne s’engage là-dessus avant d’avoir bu au moins trois verres. Mais sur le long-terme, si on ne plonge pas l’association dans la déroute financière, on a l’espoir de tenir quelques années et si tout se passe bien, de développer le projet et s’engager à retourner définitivement dans la région, dans un pavillon / ferme de la banlieue de Brenthonne, 2 gosses, un Scenic et un labrador croisé terrier neuve.

Hormis ce festival, est ce que votre collectif a d’autres projets en cours ou à venir ?
On va prendre quelques vacances bien méritées après le festival avant de lancer de nouveaux projets.

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By Quentin