Suite à une édition hivernale de très bonne facture, il en fallait peu pour nous convaincre de se rendre à son format estival, qui, depuis des années maintenant, fait office de pèlerinage pour les amateurs de musique électronique.


Vendredi 6 juillet

C’est à 15h30 que commence notre week-end sport, engagé (bref appelez ça comme vous le voulez) et festif, qui plus est, sous un soleil radieux. Rendez-vous est pris à Passerelle, centre d’art contemporain, pour un marché du vinyle sur fond d’ambient et de deep techno avec Chambre aux platines. L’occasion pour tout le monde de découvrir une proposition de vinyle couvrant tout le spectre de la musique électronique mais encore la pop, le rock, le rap, le jazz, etc. Autre élément notable, coupe du monde oblige, la diffusion du match France-Uruguay. C’est à la mi-temps du match, alors que le rédacteur de cet article discute avec des amis, qu’il entend cette phrase tout à fait absurde : « Ah mais ce n’est pas possible, tu ne peux pas écouter de la techno et aimer le football ». Soit, chacun a le droit de penser ce qu’il veut…Bref, côté musique c’est au tour de Molly d’animer la salle avec un set oscillant entre house et techno. Le match terminé (on est en demi-finale bordel !), débute l’astro-cocktail histoire de mettre tranquillement en jambes les festivaliers avant les hostilités du soir. Tout droit venus de Nouméa, les DJ’s de Kosmopolite Music nous régalent à base de house et de techno mélodieuse. 20h passé, il est temps de partir manger un bout, bien s’hydrater, afin d’être au top de sa forme (eh ouais, faut pas croire, le combo cidre et soleil, au bout d’un temps, ça tape !) pour la première épreuve du week-end !

1h15 : Direction La Suite. On longe une Carène vrombissante qui fête les 30 ans du Rex Club. La Suite n’est pas en reste puisque Ancient Methods a entamé son live accompagné de Wahiba Van De Bled. 1h durant, le duo développe une techno industrielle et EBM aux intonations tribales. Et pour cause, l’image du duo claquant leurs batteries électriques sont d’une force époustouflante. S’ensuit l’utilisation d’une guitare par madame et d’un trombone par monsieur. La rythmique est entêtante, les visuels sont frappants, en définitive, le combo est somptueux. Et lorsque ce ne sont pas les instruments qui parlent, ce sont les hommes. À tour de rôle, Ancient Methods et sa partenaire prennent le micro pour chantonner quelques paroles. Certes, peu compréhensibles, eu égard de la langue et de la violence des sonorités, mais néanmoins réellement captivantes.

Après ce live délicieusement amené, il est temps pour nous de profiter brièvement du club. Le blocage de la route permet l’aménagement d’un espace « chill-out », quelque peu sommaire, mais qui fait amplement le travail. La fluidité de mouvement au sein du club en est dès lors améliorée. Dehors se trouve un bar extérieur ainsi qu’un food-truck. Là-encore, les conditions sont bonnes pour les festivaliers souhaitant un peu de répit.

Cependant, pas le temps de tergiverser, on commande sa pinte et on fonce assister au set de DJ-Pete a.k.a Substance. Pas grand-chose à dire sur le Berlinois si ce n’est qu’il délivre un set techno ultra-rythmé et calibré à la mesure près. Si le live d’Ancient Methods nous a laissé penser que la soirée s’annonce folle, le set proposé vient confirmer cette pensée.

Second moment de répit avant d’assister au live d’Aleksi Perälä signé sur Rephlex Records. On assiste à l’arrivée de festivaliers venus de la Carène. La Suite est bondée mais pas non plus insupportable. 3h45, Aleksi Perälä débute son live. En un rien de temps, le Finlandais met le club dans sa poche avec son IDM/Electronica absolument délirante. Des breaks de malades ainsi que des synthés rugissants font le sel d’une prestation qui, indéniablement, sera notre coup de cœur de la soirée voire du festival. Le diable au corps, on se fond dans un club rempli et festif afin de laisser libre cours à nos pas de danse les plus fabuleux, subjectivement parlant…

On sort de nouveau prendre l’air avec la banane. Affamé et assoiffé, on se rassasie comme il faut pour mieux repartir devant le son. Peter Van Hoesen y officie depuis 4h45. Pas de techno kilométrique en vue, plutôt quelque chose de varié, de spontané. On ne saura jamais si c’est la fatigue ou bien le set relativement long (2h15) par rapport aux précédents qui nous laisseront un sentiment de lassitude sur la fin. Mais sans rancune, la soirée fût belle ! Excellent échauffement avant la grande messe du lendemain !

 

Samedi 7 juillet

16h, réveil compliqué pour le rédacteur de cet article. Pour autant, il est l’heure d’entamer un parcours déambulatoire à travers les événements organisés dans la ville. Une douche et hop, voilà des points de vie récupérés pour affronter la chaleur Brestoise, si rare ici. Première destination, le lavoir de Saint-Martin où le collectif Rennais de musique expérimentale NVNA opère. Déjà à 500 mètres du lieu, les basses rugissent ! Pourtant on nous a promis de l’expérimentale. Alors oui, expérimentale n’est pas forcément synonyme de calme, mais à ce point. Une fois dans le lavoir, on apprend qu’il s’agit du parisien Fémur qui est aux machines. Une techno sombre et (très) énervée pénètre dans nos oreilles. Si la météo n’avait pas été au beau fixe, on se serait presque cru dans un décor apocalyptique. La scène ? Une tonnelle noire sous laquelle se trouve le DJ. Devant lui on retrouve de vieilles télévisions diffusant des images saturées. L’apocalypse sous le soleil ce n’est pas si mal finalement.

Le temps nous rattrapant, on se rend place Guérin pour le mix’n’boules. Le concept ? Prendre part à un tournoi de pétanque sur fond de house groovy orchestrée par le collectif brestois Radio Lune. « Attention le niveau est relevé. Certains sont vraiment là pour la gagne. J’ai même failli me faire agresser par une équipe que j’ai dû disqualifier car elle prenait trop son temps. Mais tout est rentré dans l’ordre, on passe un bon moment. Là, il y a une partie qui dure depuis 1h30, c’est dire le niveau » nous confie Gourmiche, figure locale et speaker du tournoi, affublé d’un vieux maillot du RC Lens.

17h30, on descend dans le centre-ville direction le square Alphonse Juin. Un arrêt au Vauban s’impose pour se désaltérer. Le célèbre bar-hôtel-restaurant demeure le point info du festival. Par ailleurs, un second collectif Rennais est en place : La Tangente. Une jolie tech-house se propage en terrasse du bar. L’occasion de savourer une bonne bière et de discuter avec des festivaliers de la veille conquis par La Carène comme par La Suite. Notre pinte terminée, on se pose au square précité devant le collectif Lorientais Submarine qui distille une deep techno chaleureuse. Le cadre est plutôt idyllique. De la verdure, des chaises pour s’asseoir, des poubelles disposées çà et là afin d’éviter de dégueulasser l’endroit. Il n’y a pas dire, l’organisation a fait du bon travail.

18h45, notre parcours se termine au fameux Picknic Electronoik. On y retrouve Komopolite Music pour un set mêlant house, techno et sonorités parfois afro. A noter qu’il est toujours aussi impressionnant de voir autant de monde que ce soit devant la scène ou sur la bute.

20h, clap de fin. Retour au bercail pour se préparer mentalement et physiquement à la grande messe du soir !

 

21h45, nous voilà dans la navette menant une horde de festivaliers surexcités vers Keroual. La joie se lit sur tous les visages et les premières chansons résonnent. Tout commence par le classique et presque lourdingue « c’est à l’arrière qu’on gueule les plus forts » suivit de la Marseillaise puis de l’amusante « Gérard sort la vodka, on va la gagner chez toi ! ». Le closing se fait sur un superbe « On est à Keroual ! » peu de temps avant que les portes de la navette ne s’ouvrent lâchant les festivaliers vers la cité des étoiles !

22h15, on pénètre sur le site, on achète ses tickets boissons, on commande sa pinte et on fait feu devant Moody qui mixe dans la Cour. Ce dernier propose un set varié, mélangeant techno, electro et acid. Le caractère cold-wave du set est contrebalancé par des vocals et des breaks bien sentis. Du tout bon pour cette ouverture ! Puis vient le live de Not Waving, toujours dans la Cour. Celui-ci développe une techno foudroyante, parfois continue, parfois discontinue. Et c’est entre deux passages minimalistes que le londonien prend le micro pour faire parler sa voix. Voilà la première claque de la soirée, clairement.

0h15, on décide de faire un rapide tour d’horizon du site. Il y a un mois de ça, dans nos colonnes, Gildas évoquait un réaménagement du site afin de garantir, notamment, davantage de fluidité dans la circulation des personnes. Pari gagné, force est de constater qu’au cours de la soirée nous n’avons pas eu de de difficultés particulières pour se rendre sur les diverses scènes. On note la présence d’un bus RedBull Music où l’on a brièvement entendu la house de Shelter en live, la présence de 3 chill-out ainsi qu’un espace restauration bien situé et efficace.

 

0h20, bref passage à la Mekanik pour assister à la fin du show d’Oto Von Shirach. En effet, l’Américain affublé d’une tenue digne de l’univers Mad Max harangue la foule à coup de « Make some noise » avant de se déhancher comme un fou sur des sonorités extrêmes. Par ailleurs, on adresse une mention spéciale à ce gaillard allongé en vrac sur le chemin de la Mekanik, qui, entouré de quelques personnes s’inquiétant de son sort, s’est soudainement réveillé pour foncer devant la Mekanik. C’est aussi ça Astropolis, des rencontres fortuites de spécimens humains totalement barrés mais toujours sympathiques.

Petite pause nourriture avant de retrouver Madben, en live sous l’astrofloor. Le poulain d’Astropolis propose un live d’une grande qualité accompagné par des jeux de lumière impeccables. Ainsi, une techno non linéaire, en progression constante, fait danser un Astrofloor déjà bouillant ! La techno de Madben invite à un voyage riche en rebondissements dont on a du mal à lâcher prise.

Pourtant à 1h45, la Cour nous rappelle avec un invité de haute volée en la personne de Dax J. L’Allemand y déverse sa techno à mi-chemin entre l’industrielle et l’EBM. La Cour est en folie, personne ne semble pouvoir arrêter le DJ et les danseurs. Le rythme est si frénétique qu’on se sent comme écrasé par la puissance qui se dégage des enceintes. Et c’est à 3h15 que cette folie furieuse se stoppe lentement mais sûrement pour laisser place à LSD. Le trio magique composé de Luke Slater, Steve Bicknell et Dave Summer officie pour sa première en France. L’attente fut à la mesure de la qualité de la techno proposée pour ce live. Une techno brute, précise laissant tout de même place aux plages de synthés et nous voilà transporter dans la quatrième dimension !

De fait, on laisse de côté Nina Kraviz pour rendre visite à un autre trio qui effectue également sa première en France : ISR (Lenny Dee, Malke et Satronica). Sous la Mekanik c’est un immense tapage hardcore qui nous est servis. Entre un Lenny Dee à toute berzingue sur sa console et des Malke et Satronica prenant tour à tour le micro, le live est dantesque et les néons de la Mekanik clignotent intempestivement.

5h45, alors que le jour commence à se lever, on fonce assister au set du patron, du manitou, du pape qu’est Laurent Garnier. Déjà un quart d’heure qu’il a débuté et c’est un Astrofloor plein à craquer qui danse sous les sonorités extatiques de Garnier. A 6h30, on bat en retrait vers le Dôme pour prendre une dernière dose de techno énervé avec Animal Holocaust en guise d’accompagnateur.

Son set terminé on retourne à l’Astrofloor. Le public apparaît comme possédé, prisonnier d’une techno mélodieuse. Alors, nous aussi, on se laisse emporter dans ce tourbillon, si bien que lorsque notre Lolo National prend le micro pour annoncer la fin, on se dit qu’on pourrait rester là encore des heures. Un « The Age Of Love » plus tard, c’est sous un tonnerre d’applaudissements que le maître se retire, et par la même, nous aussi.

Dans la navette du retour, les mines sont fatiguées mais heureuses, certains préparent l’after, d’autres s’endorment. C’est le cas du rédacteur de cet article, qui, heureusement pour lui se fait réveiller en plein rêve, par un bon samaritain (qu’il ne remerciera jamais assez). La scène fut d’ailleurs assez cocasse. Alors pour votre plaisir on vous la retranscrite.

– Le festivalier : « Hé mec réveilles-toi ! ».

– Le rédacteur (alors en plein rêve) : « Je t’emmerde, laisse-moi pioncer ! ».

– Le festivalier : « Si tu veux faire un tour de navette en plus, c’est ton problème ! ».

– Le rédacteur (qui sursaute) : « Oh putain de merde, on est arrivé, euh, merci mec ! ».

– Le festivalier : « De rien. Punaise t’es un bon toi haha ! ».

 

Dimanche 8 juillet :

10 heures de sommeil plus tard, nous revoilà d’aplomb pour la der’ des der’ du festival : l’after au Cabaret Vauban.  C’est aux environs de 23h30 que l’on débarque au Vauban. A l’extérieur les enceintes crachent de la house soulful’, à l’intérieur Paulette Sauvage est aux platines pour un set à la croisée de la house et de la techno agrémenté de passages électro. Un set énergique qui nous replonge aisément dans le bain de la techno. Aussi retrouve-t-on des fêtards de la veille si ce n’est de l’avant-veille, qui, pour certains n’ont toujours pas dormis. Un « tout-droit » comme on s’amuse à le dire ici. Puis vient Throwing Snow pour un set techno des plus galvanisants. Peu avant la fin du set, on décide d’aller prendre l’air pour mieux lâcher ses dernières ressources devant The Driver. D’une bestialité sans aucune mesure aux machines, Manu Le Malin, nous pilote jusqu’au nirvana avec un set techno qui déborde d’une rage folle. 5h marque la fin des festivités, officiels du moins, rafales d’applaudissements de la part du public, salutations de la part des artistes. Bref, tout le monde est content.

Alors si l’on devait dresser un bilan de cette 24ème édition d’Astropolis, on retiendra une organisation et une programmation au top, des performances de très grande qualité et bien sûr une météo (enfin) digne de ce nom. Pour sûr, on reviendra l’an prochain !

Sur ce, à bientôt les amis pour de nouvelles échappées électroniques en Bretagne !

By Simon

Crédit photo : Axel Fontaine et David Boschet