C’est par un ciel bleu, bien trop rare à Brest, que nous sommes allés rencontrer Gildas, co-fondateur d’Astropolis, afin d’évoquer la vingt-quatrième édition du plus vieux festival de musique électronique de France. L’occasion pour nous d’échanger sur les événements prévus, les différents partenaires artistiques du festival mais encore la place de ce dernier dans un milieu en croissance exponentielle.


Le 8 juin dernier vous preniez d’assaut le Warehouse à Nantes pour une soirée Astroclub. Comment se noue une relation avec un club comme celui-ci qui est récent, d’autant plus lorsque l’on s’appelle Astropolis ?

La relation s’est facilement créée dans la mesure où je connais Quentin Schneider qui est DJ et l’un des gérants du club. C’est une personne formidable. Tout comme les serveurs et serveuses mais aussi l’équipe de sécurité. En plus, les conditions pour y jouer sont très bonnes. Que ce soit au niveau du son ou des jeux de lumière. Alors, ça reste un endroit qu’il faut remplir puisqu’il est très grand [N.D.L.R : 3500 m² pour une capacité d’accueil similaire] mais il n’en demeure pas moins que c’est un plaisir d’y jouer. D’ailleurs, la prochaine fois qu’on retourne là-bas, ce sera à l’occasion d’une soirée « hardcore ». C’est là l’un des points fort du Warehouse. Ils ont une ouverture d’esprit derrière le choix de programmation. Ce sont de vrais passionnés qui y travaillent et ça c’est top !

Le 15 juin, c’était au tour du Rex Club. D’ailleurs, cette année, pour l’édition été d’Astropolis la Carène fait office de salle d’anniversaire pour le célèbre club parisien qui fête ses 30 ans d’existence. Parlez-nous de votre relation avec celui-ci et pourquoi est-ce que vous lui dédiez une soirée d’anniversaire à Brest ?

Le Rex Club c’est une très longue histoire. Pour faire simple, depuis vingt ans, lorsque je vais sur Paris faire la fête, je passe toujours par le Rex. D’abord, parce que dans les années 1990 la programmation me plaisait. Laurent Garnier y était notamment résident avec les soirées Wake Up. Puis il y avait une programmation techno et hardcore qui correspondait à ce que j’appréciais. On a tissé des liens avec Le Rex par le biais  de l’actuel patron du club : Fabrice Gadeau. Il tenait un festival qui s’appelait Dimension à Rungis. Mais également l’ancien patron, Christian Paulet, qui est dorénavant le tourneur de Laurent Garnier.

Durant un moment plusieurs membres de l’équipe d’Astropolis travaillaient même au Rex. De fait, dès qu’on mettait les pieds là-bas, on se sentait à la maison. En définitive, c’est un ensemble de rencontres humaines et musicales qui fait qu’aujourd’hui on a une relation très forte avec le Rex Club. Pour leurs trente ans, étant donné qu’on joue environ trois ou quatre fois à l’année chez eux, il était logique de leur confier la Carène. Et puis il est important de souligner que c’est l’un des premiers clubs à l’époque qui a osé proposer une programmation techno alors qu’à la base elle était centrée sur le rock. Sans compter le fait qu’aujourd’hui les clubs ont du mal à vivre. Les squats et les warehouses se développent mais le Rex demeure.

Depuis quelques années désormais vous organisez des événements durant l’année ou lors des éditions été et hiver au sein de la ville de Brest. On pense notamment au vinyl market à Passerelle et l’Astroboum place de la Liberté. Comment s’est développé cet ancrage dans la ville et pourquoi ce choix ?

Il a fallu faire ses preuves. On est arrivé en 2001 après le château de Keriolet à Concarneau ainsi que le parc des expositions à Lorient. Il fallait trouver un site sur Brest. C’est lors d’un cocktail organisé par la mairie de Brest que l’on a découvert le manoir de Keroual. L’objectif n’était pas de créer une seule soirée mais une énergie sur trois ou quatre jours avec un public le plus diversifié possible. Au départ, on a intégré difficilement le festival aux Jeudis Du Port [N.D.L.R : fête populaire brestoise marquée par des concerts tous les jeudis entre juillet et août]. A l’époque, la musique électronique ne faisait pas encore bonne figure dans la presse. Mais on a réussi à l’intégrer autour de programmations fédératrices capables de toucher un public branché radio. Ensuite, on a pris notre pied à souhaiter occuper les lieux culturels de Brest. A Passerelle, on a présenté des labels comme celui d’Aphex Twin ou organisé des conférences à l’instar de celle entre Underground Resistance et Les Béruriers Noirs.

Désormais on y organise un marché du vinyle, un cocktail le soir et une invitation à découvrir l’art contemporain. L’idée générale est de faire venir un les gens sur quelques jours à Brest de façon déambulatoire et artistique. On essaye de faire en sorte que les lieux ne soient pas trop éloignés entre eux. Et puis on a la volonté de croiser les réseaux comme on le fait, pour ne citer qu’eux, avec la structure Pen Ar Jazz et le Mac Orlan lors de l’édition hiver. On ne souhaite pas proposer quelque chose de standardiser avec before, soirée, after et le lendemain le public attend la prochaine soirée. Le fait que les événements de jour soient gratuits est également important. Ça permet d’élargir le public et rappeler qu’il n’y a pas que les événements de nuit qui comptent.

Si ces évènements de jours ont lieu, c’est régulièrement en partenariat avec d’autres associations. On pense par exemple à NVNA, collectif rennais, pour ce qui est de l’évènement au Lavoir ou de l’association montréalaise Piknic Electronik Montréal qui officient tous deux déjà depuis plusieurs années lors de l’édition d’été. Là-encore, quelle est l’idée générale derrière ces collaborations ?

Pour NVNA, eh bien, ils proposent quelque chose d’original. Certes on n’ira pas forcément les programmer au manoir de Keroual mais ce sont des gens qui savent ce qu’ils aiment et ce qu’ils veulent. Leur musique s’accorde avec un public « pointu » car ça reste de l’expérimentale. Souvent leur public est composé de curieux ou de personnes ayant été piquées à cette musique-là. Il faut savoir la proposer en festival, c’est important pour la diversité musicale. Les gens viennent ou ne viennent pas mais en tout cas ils ont le choix.

En ce qui concerne le Piknic Electronik, il s’est construit sur des rencontres. C’est par l’intermédiaire de Barbara qui a travaillé pour nous durant quelques années après avoir fait son stage de fin d’étude à Montréal. Suite à son passage chez Astropolis, elle est repartie à Montréal et est entrée dans différentes structures montréalaises de musiques électroniques (Picknic, Igloo Fest). Ainsi, elle nous a fait rencontrer des personnes qui nous ressemblent et on s’est mis à travailler main dans la main. Depuis on échange ensemble. Soit on accueille des artistes de Montréal soit des artistes qu’ils défendent. Par exemple, cette année, le programmateur des Picknic a eu pour coup de cœur OR:LA. Du coup, on a décidé de la programmer. Auparavant, il y a eu notamment le passage d’AZF qui a été une grosse date pour elle. Depuis on voit sa carrière qui explose. De notre côté, on s’est retrouvé avec le Sonic Crew, Laurent Garnier et Oniris à jouer à Igloo Fest dans le cœur de Montréal à moins de vingt-cinq degrés, c’était mortel !

On fait de même avec l’équipe des Chemins Sonores de Nouméa chez qui on va jouer tous les ans. Cette année on les accueille au Piknic. Avec ce type de partages c’est l’occasion de découvrir d’autres cultures, d’autres mentalités, d’autres musiques et des façons de travailler différentes. Donc c’est forcément intéressant. Le tout dans un cadre très humain.

Toujours du côté des collaborations, les différents collectifs de la ville sont mis à l’honneur mais aussi des collectifs bretons en général à l’instar de Submarine qui est invité au Square Alphonse Juin. C’est important pour vous de faire de la place aux nouveaux ?

Ça va faire un peu vieux con ce que je vais dire (rires), mais Submarine, c’est amusant, car ils me font penser à nous quand on avait leur âge. C’est-à-dire cette volonté d’aller de l’avant, de proposer quelque chose de travaillé. D’autant plus que ce n’est pas évident dans une ville comme Lorient. Si on remonte à nos débuts, nous aussi on a galéré pour organiser des soirées dans cette ville. Et quand on voit aujourd’hui ce qu’ils parviennent à créer c’est tout naturellement qu’on les convie à Astropolis.

Sinon sur Brest on commence à être nombreux donc l’idée c’est d’être solidaire. D’où la mise en place d’un agenda sur Google pour faire en sorte qu’il n’y ait pas 2 soirées le même jour ou le même week-end car forcément une va croquer plus que l’autre. Plus encore, s’il faut dépanner une platine, on s’entraide et les collectifs savent que la porte est toujours ouverte chez nous s’il y a besoin de quoi que ça. On souhaite éviter que ça finisse par se tirer dans les pattes comme on a pu le constater dans certaines villes ou avec les années. De là, découle également l’idée du Bunker Brestois depuis deux ans ou l’on se réunit pour faire la fête à La Carène et proposer des collaborations entre artistes de différents collectifs pour inciter à l’échange. Et même si on est tout au bout de la Bretagne et que Brest n’est pas une aussi grande ville que Rennes ou Nantes, on a tout de même de chouettes endroits pour faire la fête que ce soit le Cabaret Vauban, La Suite, La Carène voire des endroits sauvages. Et puis les collectifs sont variés, de bon goût, et ils se bougent pour organiser des événements de qualité. Je pense notamment à WestSound qui prépare son festival au château de Kerouartz en octobre prochain.

Cette édition marque également le retour de la traversée de la rade en navette avec le collectif TBD. La mer et la musique électronique sont deux éléments clés de Brest. Réunis, ça donne un évènement représentatif de la ville. On imagine que c’est quelque chose qui vous tient à cœur ?

Ça a été une grosse déception d’apprendre le dépôt de bilan de l’Azenor. D’ailleurs il faut savoir que la première rave qu’il y a eu à Brest c’était sur l’Azenor au début des années 1990. Ils ne l’ont jamais refait (rires). Ca avait été un bordel sans nom ! On est pourtant retourné les voir les années suivantes en vain… Finalement, dans les années 2000, ils ont accepté. C’était sympa, les collectifs s’appropriaient la chose. Et même quand la météo était mauvaise ça donnait lieu à de beaux moments.

Cette année, les gens embarquent en navette avec une autre compagnie pour une ballade dans la rade avant de se rendre sur la presqu’île de Plougastel. Alors oui, ce n’est plus l’Azenor mais ça reste un évènement sympathique qui permet aux gens de découvrir Brest. Et puis comme ça on exploite le caractère marin de Brest. C’est une chance que d’avoir la mer. C’est en quelque sorte une bouffée d’oxygène avant la grande messe le soir.

Après, on a d’autres idées. On souhaiterait faire quelque chose avec Océanopolis. Pour la prochaine édition de Fortress début septembre on voudrait éventuellement organiser un événement sur la plage du moulin-blanc. Il y a matière à pouvoir écouter de la musique tout en jouant au volley ou à la pétanque. Certes, ce n’est pas une plage de rêve, mais il y a cette idée de délocaliser les festivités de jour en dehors du centre-ville et par la même de diversifier la palette d’événements.

En définitive, on constate qu’Astropolis est un festival bien implanté dans sa ville comme pouvait l’être au siècle précédent les fest-noz mais qui n’hésite pas à s’exporter en France métropolitaine et en Outre-Mer. En atteste votre passage au festival Les Chemins Sonores à Nouméa. De fait, vous vous positionnez comment aujourd’hui comme festival que ce soit en termes d’organisation, de programmation et d’évènements ?

Je dirai que chaque ville a en quelque sorte son identité. Brest c’est Astropolis. Morlaix c’est Panoramas. Nantes c’est le Paco Tyson et Scopitone. Rennes c’est les Transmusicales et le Made Festival plus récemment. A un moment donné c’était le Weather à Paris. Désormais on parle de Concrete.

Chaque festival doit avoir une identité. Nous on a la même depuis vingt-quatre ans. On vient de la scène rave. On a beaucoup bougé à l’époque : Allemagne, Angleterre, Suisse… On tient à conserver cet esprit de liberté, de fête, parfois même d’un peu n’importe quoi mais toujours avec de la bonne musique et dans des beaux lieux si possible.

Après il faut qu’il y ait également des événements à taille réduites. L’essentiel c’est que personne ne se marche dessus et s’épanouisse dans sa passion, sans tricherie. Je suis pour les choses justes, organisées par des passionnés qui font ça pour leurs potes, le public et de manière excitante.

Le mot de la fin ?

A dans trois semaines pour un beau festival, je l’espère. Tout autant que la météo d’ailleurs. C’est mon inquiétude en ce moment. Je rentre dans cette phase où je crains la météo parce que depuis trois ans celle-ci n’est pas terrible du tout.

Je me rappelle de la 22ème édition où il ne devait rester plus un qu’un petit coin de verdure sur le site de Keroual (rires).

C’est quelque chose à prendre très au sérieux car d’un coup le budget au niveau de la logistique en prend un coup. Sans compter que, forcément, l’année suivante, et je comprends ce raisonnement, certains festivaliers vont se rendre à un autre festival que le nôtre par crainte de la météo.

Donc j’espère qu’il va faire beau et qu’on aura un super mojo!


Alors on remercie bien évidemment Gildas ainsi que toute l’équipe d’Astropolis pour cette interview. Quant à vous lectrices et lecteurs, qui n’avez pas encore vos places, une surprise vous attends. Sans oublier un report si jamais danser dans la cours d’un manoir n’aura pas eu raison de nous!

 

Retrouvez le festival sur :
https://www.facebook.com/events/149409659074494/

Interview : Simon Brehonnet
Photo : Maxime Chermat