Tous les ans, les férus de musique électronique attendent cette soirée impatiemment. Avec des places chiffrées à 1500 et au tarif de 45 euros uniquement disponibles en physique (exception faîte cette année, jour férié oblige) autant dire qu’il faut ne pas tergiverser lors de l’ouverture des points de vente. Quant aux raisons d’un tel engouement, elles sont simples : de la musique de qualité, un public chaleureux, des jeux de lumière éblouissants et un lieu tout bonnement magnifique. En effet, le manoir de Keriolet situé à Concarneau (29) avec son style néo-gothique (donjon et gargouilles vous saluent bien) est un endroit rêvé pour faire la fête toute la nuit! Alors sans plus tarder, embarquez avec nous pour vous faire conter cette fabuleuse soirée. 


Bien avant de pénétrer dans le manoir c’est par le parking qu’il faut passer. Ce dernier, un champ pentu, est un brouhaha permanent des plus plaisants. Entre vieux utilitaires équipés de caissons et 207 Peugeot avec enceintes portatives, crachant de manière discontinue techno et house dans leurs genres et sous-genres parfois les plus extrêmes, nous sommes directement mis dans le bain. Le parking c’est également l’occasion de faire de jolies rencontres comme cet individu passablement éméché qui n’a cessé de hurler « Ici nous ne sommes pas à la ZAD! Alors ramasser vos déchets! ».

La nuit tombée, c’est allègrement que nous nous rendons au manoir. Celui-ci ouvrant ses portes à 22h, c’est à 23h que nous y mettrons les pieds après avoir quelque peu zoné sur le parking (grosse discussion sur la cinquième place du Stade Rennais en Ligue 1). Une fois le portail traversé, l’excitation monte d’un cran à l’idée de connaître la programmation. S’ensuit le passage sous l’arche de la cour du manoir, toujours aussi plaisant. Puis nous nous rendons au bar pour sauter sur le line-up et, accessoirement, commander une pinte. Dans la cour, Blutch officie depuis une heure déjà alternant house tantôt deep tantôt soulful. Fort sympathique pour se mettre en jambe. Après une heure de groove, nous décidons de faire un tour du manoir. Au programme : passage au deuxième bar, détour par le food-truck pour se goinfrer d’une galette-saucisse rebaptisée « La Spring » et brève traversée du chill-out.

À minuit et demi nous constatons que le site est désormais truffé de monde. Aussi, nous optons pour une descente dans la crypte. Pour ce faire, il faut d’abord se rendre dans une vaste pièce du manoir faisant lieu de second chill-out. D’ailleurs ce n’est pas un hasard au vu de la présence d’un feu de cheminée qui réchauffe les plus trempés par le crachin breton. À ce propos, on ne remerciera jamais assez les deux gaziers qui ont ravivé les flammes en y déposant quelques bûches. Ensuite, l’entrée dans la crypte se fait par le biais d’un escalier en colimaçon qui, à n’en pas douter, a dû faire chuter plus d’un(e) au cours de la soirée. À l’intérieur de la crypte la house est encore à l’honneur avec Ruzart du collectif brestois TBD. Celui-ci est rapidement rejoint par Blutch qui vient de terminer son set. La température croissante de la crypte nous assommant légèrement, nous choisissons d’aller prendre l’air dans la cour. Aux commandes Sweely et ses machines pour un live de très bonne facture. Développant une house virevoltante qui frise avec l’electro et la minimale, c’est progressivement que nous sommes conquis. Derrière le jeune français déboule le Sonic Crew et sa figure emblématique Gildas (membre fondateur d’Astropolis) pour livrer un set techno de haute volée, simple et efficace. Entre-temps, MMPP a investi la crypte et propose un set mélangeant à la fois, techno, acid-techno et EBM. Assurément notre coup de cœur de la soirée jusqu’à présent. Dans une crypte suintante, une foule totalement déchaînée danse sous l’effet des stroboscopes et des basses électrisantes.

C’est pourtant à trois heures que la tempête débarque en la personne de DJ Bone. En un rien de temps celui-ci met la cour à ses pieds avec une techno foudroyante à souhait. Deux heures durant, le bonhomme de Detroit enchaîne track fracassante sur track fracassante. Mais que serait un tel set sans une scénographie et des visuels du même acabit. Réputée pour son mapping impressionnant, cette Spring 2018 n’échappe pas à la règle. Une tour sur laquelle se projette diverses animations, des fenêtres éclairés, des lasers qui balayent le public…Bref, DaffReliefLes Œils ainsi que les autres techniciens de l’animation visuelle nous régalent. En définitive le spectacle est autant sonore que visuel. Puis vient une autre figure phare de Detroit : l’extravagant Seth Troxler. Chargé du closing, lui aussi met très peu de temps à conquérir les danseurs. En effet, il débute dans la veine de son compatriote DJ Bone pour ensuite proposer une minimale nerveuse balbutiant de façon progressive avec de la techno et de la house. Au soleil levant, celui-ci termine en beauté sur sa house qu’il chérit tant. Sonorité parfaite pour un atterrissage en douceur mais pas trop. Nous réalisons qu’il est déjà huit heure et que la fête est terminée (du moins dans le manoir…). Les visages sont fatigués mais heureux et c’est sous les applaudissements que le DJ de la Motor City s’en va. Nous gardons une pensée pour Bich et Cédric Sheva du collectif brestois Radio Lune que nous ne sommes pas allés voir mais, qui, d’après les échos et ce qu’on peut entendre d’eux à l’année sur Brest, ont dû faire danser comme des fous le public de la crypte. Plus encore, nous remercions l’organisation, les bénévoles et évidemment Christophe Lévèque, maître des lieux, de nous offrir une telle soirée dans l’année.

De retour sur le parking, on s’amuse de voir certains jouer à Tetris dans leur voiture pour dormir, d’autres continuer à faire la fête. Pour nous, il est également temps de récupérer des points de vie. Alors, la tête dans les étoiles on sort la tente, s’affale dans celle-ci et on se laisse bercer par les derniers caissons qui envoient encore du son. En tout cas, rendez-vous est pris l’an prochain!

Sur ce, à la prochaine les ami(e)s pour de nouvelles échappées électroniques en terre brestoise et alentour.


Article par Simon

Crédit photo : Astropolis