Baigné dans les raves et la techno underground depuis son plus jeune âge, David Asko nous raconte son histoire. DJ, DA, promoteur et producteur, il ne s’arrête jamais. Pour preuve, il nous lâche un EP avec “Techno Therapy”, qui fait l’effet d’une bombe.

David. Figure emblématique de la scène techno française et depuis quelques années installé à Lille. Je crois que j’avais à peine 2 ans que tu mixais déjà je me trompe ?

Je suis né et j’ai grandi entre St Etienne et Lyon et après avoir découvert la musique électronique au collège (j’avais 11 ans), via le fils d’un ami de mes parents qui écoutait de l’acidcore et de la trance. C’a été une révélation. J’ai acheté des platines et mes premiers disques alors que j’avais 14-15 ans.

En parallèle, je faisais des études d’hôtellerie-restauration ; lors de mes stages à Lyon je sortais en cachette dans les raves et je passais tout mon temps libre dans les shops de vinyles. Au tout début (en 1994), j’ai mixé dans des petits bars et quelques soirées organisées par des potes et moi-même. Peu de temps après, j’ai fondé avec des amis un collectif qui s’appelait “Jumping Bass” et avec lequel on a organisé de nombreuses raves entre St Etienne et Lyon jusqu’en 2000. On y a accueilli des dizaines d’artistes français et internationaux ; techno, house, acid, hardcore… On était des passionnés de musique et de fête, la rave était devenue un mode de vie. Au début des années 2000, j’ai quitté ma région natale pour aller vivre de nouvelles aventures à Rouen et ensuite Paris quelques années, pour finalement atterrir à Lille.

La techno c’est vraiment la musique qui t’anime depuis toujours. Comment a évolué la musique électronique depuis 1994 ?

Toutes ces avancées technologiques ont eu des aspects positifs et d’autres négatifs. La musique électronique est écoutée par tout le monde et partout sur la planète et tant mieux. A une époque, on s’est battus pour avoir cette reconnaissance et que cette musique soit enfin acceptée par tous et partout.

Mais, comme avec toute avancée, je pense qu’on est aussi tombés dans une certaine facilité : il y a aujourd’hui de super producteurs qui font de la super musique, mais aussi beaucoup de daubes qui sortent et fonctionnent grâce à la rapidité des réseaux sociaux et à une com démesurée. C’est assez drôle d’entendre la nouvelle génération jouer ce qu’on a pu mixer ou produire dans les 90’s.

 

Ce qui est produit et joué aujourd’hui se nourrit du passé, c’est un éternel cycle qui se répète.

 

Et comment a évolué ta musique ? Vu l’embarras du choix de la scène musicale aujourd’hui, où puises-tu toutes tes influences ?

Au tout début je jouais de l’acidcore, du hardcore et de la transcore. J’ai tout de suite été attiré par la musique dure et rapide. Des artistes comme Manu Le Malin, Laurent Ho, Liza N Eliaz, Torgull m’ont influencé… J’ai découvert la techno et house plus tard (96/97), grâce à des amis DJs qui jouaient ce style. Je me suis alors intéressé à des artistes comme Laurent Garnier, Jeff Mills, Green Velvet, Surgeon, Regis, Underground Resistance et tant d’autres. Pendant de longues années j’ai joué mixé la techno avec une musique plus dure. C’est dans mon ADN ! C’est encore le cas aujourd’hui. Mes sets peuvent commencer à 130 BPM et finir à 170-180 BPM, je ne me fixe pas de limites ou ne m’enferme dans aucune case. Niveau production, je fais aussi bien de la techno à 130 BPM qu’une techno plus dure et rapide. Plus les années passent, plus je produis et joue de la musique qui ressemble à celle de mes débuts.

J’écoute beaucoup de style de musique : du rock (QOTSA, Kyuss …), de la chanson française (Gainsbourg, Charles Aznavour…) de la pop des années 80, et bien sûr de la musique électronique (house, techno drum & bass, hardcore…). Ma vie quotidienne, les voyages et les moments joyeux et tristes de la vie influencent ma façon de jouer et produire de la musique.

En parlant de production justement, en décembre dernier tu as sorti l’EP “Elevation” sur le label A-Traction Records, et “Techno Therapy” cartonne ! Le track a même été repris par l’un des plus grands de notre siècle, Dax J. Ça te fait quoi d’être autant joué ?

A sa sortie en décembre 2017, pour être franc, l’EP n’a pas connu le succès espéré, même si j’avais le support de nombreux artistes internationaux comme Paula Temple, Charlotte De Witte, Joefarr, Emmanuel Top, SLAM, Pascal Feos, Randomer. 14Anger et Laurent Ho ont d’ailleurs contribué à l’EP en faisant 2 super remixes. Mais depuis quelques semaines, l’EP et plus particulièrement le titre “Techno Therapy” connaissent une 2ème vie. Il est joué par Dax J, qui adore la track, partout sur la planète. Du coup beaucoup d’autres gros artistes se sont mis à le jouer et elle cartonne. C’est hyper plaisant de voir danser des milliers de personnes sur ma musique, c’est une reconnaissance du travail accompli !

Tu as également été DA du LC Club à Nantes de septembre 2016 à juillet 2017. Comment tu as trouvé l’exercice ?

Oui j’ai assuré la direction artistique du LC Club et ça a été un plaisir de donner ma vision artistique, partager mes coups de cœur et ma vision de la musique et de la fête. Ce rôle est une autre facette de ma vie. J’y ai invité des artistes d’univers différents allant de Jeff Mills à Perc, en passant par Gary Beck, Amélie Lens, Laurent Ho, The Dj Producer, Jeremy Underground, Len Faki, Marcel Dettmann, Lil Louis, Marcel Vogel, Emmanuel Top, Traumer, Ben Sims, Chris Liebing, Dave Clarke, Anetha, AZF…

Dans ce rôle de DA, j’ai pris conscience de tous les enjeux économiques et de la difficulté permanente de remplir un tel établissement. C’était une expérience riche en émotions mais utile pour connaître tous les rouages.

Tu as joué avec les plus grands. Il y a une date ou un artiste qui t’as marqué plus que les autres ?

J’ai eu la chance de jouer un peu partout sur la planète : Asie, Amérique du Nord et du Sud, et partout en Europe. La première fois que j’ai joué en Mongolie a été une sacrée expérience : avec quasiment 29h de transport pour y aller, j’étais le premier DJ européen à y jouer. C’était une découverte pour moi mais aussi pour eux, un grand moment de partage, une expérience inoubliable.

J’ai beaucoup joué en République Tchèque, et j’ai un lien très fort avec le public là-bas. Lille est ma ville de résidence depuis 8 ans, j’aime cette ville, j’y ai passé et y passe encore des moments extrêmement forts, notamment au Magazine Club où j’ai une résidence depuis plus de 5 ans. Parmi les artistes qui m’ont marqué à vie par leurs sets ou lives, je peux citer Manu Le Malin, Laurent Ho, Jeff Mills, Vitalic et les Chemical Brothers.

La techno, ça sera quoi dans 20 ans selon toi ?

Ça sera peut être différent musicalement, mais j’émets quelques doutes sur un renouvellement total de cette musique. Ce qui est produit et joué aujourd’hui se nourrit du passé, c’est un éternel cycle qui se répète.

Dans 20 ans j’aurai 60 ans, alors je serai peut être encore aux platines à faire danser de nouvelles générations technoïdes, ou bien je serai devenu producteur de vin ou de charcuteries dans un coin reculé de France !

Prochainement on peut venir t’écouter où ?

Le 04 mai au Magazine Club à Lille, le 9 Mai au Kompass en Belgique, le 11 mai au Co2 à Nantes et le 26 mai à l’Ostra Club à Nancy !

Tu peux retrouver David Asko sur Facebook, SoundCloud et Mixcloud.