Quand on nous a proposé d’interviewer courant janvier le fondateur et programmateur en chef de Panoramas, c’est à toute berzingue que nous avons fait Brest-Morlaix afin de parler histoire, organisation, gestion, programmation d’un festival de musique…électronique évidemment ! Rencontre avec Joran Le Corre.


Bonjour Joran, l’année dernière on fêtait les 20 ans du festival Panoramas et en 2018 on en est à la 21ème édition. Présentez-nous brièvement l’histoire du festival.

Tout part du lycée à Morlaix où l’on a voulu, avec nos petits moyens, ramener des choses que l’on avait vues dans d’autres villes comme les Bars en Trans où tout le festival se passe dans le centre-ville de Rennes. Donc Panoramas a démarré avec des soirées organisées dans des bars. Au départ des, on faisait venir des groupes locaux et régionaux. Puis d’année en année, on s’est mis à inviter des artistes nationaux voire internationaux. On est logiquement passé du centre-ville au parc des expositions de Morlaix. Tout s’est mis en place petit à petit.

Cette année est marquée par l’apparition d’une quatrième scène sur le site du festival nommé « scène cachée », dites-nous en un peu plus sur celle-ci ?

Le but est de proposer quelque chose de nouveau chaque année. L’idée d’une quatrième scène nous permet d’agrandir le spectre musical en partant sur une programmation assez solide. Seront, entre autres, présents Boris Brejcha en b2b avec Ann Clue, Jennifer Cardini, Black Devil Disco Club. Cette idée de la scène cachée assure également une interaction avec le public.

Le vendredi, on aura l’occasion de voir Panda Dub – Circle Live et le projet Hungry 5 sur la journée du samedi, tous deux dans le Grand Hall alors qu’ils commencent à peine leur tournée pour l’année 2018. Le fait qu’ils passent par Panoramas à l’allure d’un baptême du feu pour eux. Quand pensez-vous ?

Pour Hungry 5, ce sera une première avec Joachim Pastor, N’to et Worakls  réunis durant 1h30 sur scène. Ils prévoient de jouer le best of de leurs tracks remixés à six mains afin de créer un gros live techno inédit. On est le premier festival sur lequel ils ont été annoncés, mais d’autres dates devraient suivre pour eux. Concernant Panda Dub, il va proposer un vrai live pour lequel on est l’une des toutes premières dates dans l’ouest. Ce projet, qui s’appelle Circle Live, est a priori assez ambitieux, car ils se déplacent notamment en tour bus. Et étant donné qu’il passera à 2h30, on peut oublier le Dub et s’attendre à quelque chose de plus pêchu.

WART est l’organisme qui s’occupe de la mise en place et de la gestion du festival Panoramas, mais c’est aussi une agence de booking. Cette année encore, aurez-vous des artistes de votre agence qui passent sur le festival ?

Effectivement, il y en aura un certains nombres. On fait tourner Fortune, Vandal, La Fraicheur, Madben, Hungry 5, Boris Brejcha et Ann Clue, Bifty et DJ Weedim. Plus on avance dans le temps et plus le roaster gonfle. J’ajouterai qu’on évoque plus souvent la partie émergée de l’iceberg qu’est Panoramas mais le plus gros du travail de WART réside dans l’activité de booking, chronophage et moins connue du grand public. Cependant, le festival demeure important pour l’association car on y fait jouer les artistes dont nous sommes les agents. Au surplus, on y rencontre aussi des artistes avec lesquels on va travailler par la suite.

On sait que Panoramas est l’un des festivals avec la moyenne d’âge la plus basse et toujours complet depuis quelque années. Cela est-il dû aux choix des artistes, on pense notamment à Lorenzo l’an dernier, ou aux styles musicaux que vous proposez ?

Aujourd’hui, et c’est un constat indéniable, il n’y a pas plus de chapelles. Il y a une vingtaine d’années si tu écoutais du rock tu n’écoutais pas de techno par exemple. De surcroît, on est désormais davantage sur une consommation de singles et de playlists que d’albums. D’où le succès des plateformes d’écoute en streaming. Dorénavant quand tu te rends à une soirée, tu vas être amené à danser sur absolument tout : variété, rock, rap, techno, trance, hardcore. Donc quand on fait jouer certains artistes, à l’instar de Lorenzo, effectivement on touche un public jeune, mais on est le premier à le faire. Il s’agit d’un tout, du moment que ça demeure cohérent. Et il n’y qu’à voir actuellement sa carrière qui est en train d’exploser. Lorenzo on sait bien que ça va toucher notre public, on ne va pas programmer Franck Michael ou Véronique Sanson.

De fait, le booking de ce type d’artistes, c’est une sorte d’adaptation à la manière dont est consommée la musique aujourd’hui ainsi que du type de musique écoutée.

En tant que programmateur, il ne s’agit quasiment que de ça. Si tu restes bloqué uniquement sur ce que tu écoutes à la maison, ça ne sert à rien. Personnellement, j’écoute beaucoup de musiques calmes chez moi. Or, je sais très bien que je n’irai pas programmer ce type de musique sur le festival. Tu le fais car tu vises un public, une esthétique et parce que ton événement a une réputation. Du jour au lendemain tu ne vas pas changer l’ADN de celui-ci.

Autrement, on a remarqué que depuis deux-trois ans, là où la programmation était plutôt orientée éléctro-pop, elle se veut davantage techno pure et dure.

On en revient à ce que je disais précédemment à savoir que les genres musicaux fluctuent. Aujourd’hui en électro-pop française, hormis Justice qui surnage, les autres ont les voient moins. Pareillement pour la dubstep qui marchait du tonnerre il y a trois, quatre ans et qui maintenant ne fait plus parler d’elle. La réalité, et c’est valable pour tous les styles, c’est que tu peux être au sommet en juillet et arrivé en janvier tu es complètement has-been. Ce qui fonctionne bien en ce moment ce sont les musiques extrêmes type hard-tek ou french-core. Ce n’est pas anodin si on programme Dr. Peacock. La trance se maintient. La techno fait un retour fracassant, c’est impressionnant. Je pense à des artistes comme Nina KravizAmelie LensCharlotte de Witte ou encore Boris Brejcha. Quant à la minimale, elle était au top il y a quelque temps et elle commence à être sur la pente descendante.  Au final, l’idée c’est d’être ouvert sans non plus se trahir. De notre côté on voit que ça marche avec un public qui achète des pass essentiellement deux jours avec camping. D’ailleurs ce dernier est toujours rempli et c’est l’éclate total.

Qu’en est-il de l’aménagement du site au-delà de la scène cachée ? De plus, avez-vous quelque chose de prévu le dimanche malgré la fermeture du Club Coatelan ? Enfin dites en plus sur les animations que vous organisez traditionnellement dans Morlaix lors du festival.

* A l’heure où vous lisez ces lignes, divers événements ont été créés en lien avec l’animation de la ville (exemple type : concert avec lieu secret).

On travaille actuellement sur l’aménagement des scènes. Par rapport à la scène cachée c’est intéressant de devoir repenser un espace. On a déjà agrandi le chapiteau afin d’augmenter la jauge de festivaliers. Cette année on est sur une capacité de 13 500 festivaliers, soit 500 de plus que l’an dernier. En matière de jeux lumières ça s’annonce patate ! On se renouvelle afin de surprendre le plus possible. Et puis on est considéré comme le festival qui ouvre la saison des festivals donc il s’agit de ne pas se rater. Par rapport au dimanche on est en pleine réflexion, de même pour les animations en ville.


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Crédit Photo : © Eric Tanguy

Interview by Dorian and Simon