Après 60° 43′ Nord, album produit à l’issue d’un voyage à bord d’un chalutier sur l’océan Atlantique, l’artiste français Molécule a sorti son nouvel album -22,7°C. Le nom vient de la température la plus basse relevée lors de la captation des sons qui ont donné naissance à cet album concept.

Ce projet a été pensé et réalisé lors d’un périple long de cinq semaines au Groenland, une aventure humaine, personnelle et musicale unique. Romain Delahaye a.k.a Molécule y a emporté son kit de survie : des synthétiseurs, des boîtes à rythmes et des micros pour capter les sons propres à la vie sur la banquise. À travers sa musique, il a su retranscrire à la fois la beauté pure et l’hostilité glaciale qui caractérisent le Grand Nord, terre mystérieuse et énigmatique à l’apparence fragile et pourtant dangereuse pour l’homme.

Mais ce projet n’est pas seulement musical. Avec son caméraman Vincent Bonnemazou, Molécule nous rapporte un film documentaire, un livre photographique et une expérience en réalité virtuelle. Un projet transmedia donc, qui va faire appelle à tous nos sens et nous fera découvrir la vie au Groenland. Chacun des titres de cet album nous livre une expérience musicale et visuelle unique nous plongeant dans une atmosphère hypnotique.

Molécule nous présentera cet album lors d’un live le 8 mars prochain à Paris à l’Elysée Montmartre. Pour cette occasion, c’est une expérience immersive développée en son binaurale qui nous attends. De quoi nous faire voyager !

En sus, nous avons eu la chance d’interviewer le bonhomme ! Bonne lecture.

Bonjour Romain, présente-toi brièvement. D’où vient ton nom de scène « Molécule »?

Molécule : Je fais de la musique électronique depuis une quinzaine d’années maintenant. Pour ce qui est du nom de scène, j’ai choisi le terme « Molécule » par souci de simplicité. Un peu à la manière d’un groupe comme « Air » qui est également un nom facile à retenir.

Après différents projets, d’où t’es venue cette idée d’aller te confronter à la nature pour composer tes deux derniers albums ?

Molécule : Cette idée part d’une volonté d’explorer de nouveaux horizons musicaux avec cette envie de renouer contact avec la nature.

Après la mer, pourquoi le Groenland ?

Molécule : La mer symbolisait le bruit avec le moteur du bateau, le vent, les vagues. A l’inverse, le Groenland et sa banquise représentent le silence quasi-absolu. Dans tous les cas, l’écoute est indispensable. De plus, j’ai toujours été fasciné par les contrées nordiques.

On se sent comment lorsque l’on arrive dans le village Tinetiqilaaq ?

Molécule : On se sent dans un autre monde. Déconnecté de la réalité, c’est surréaliste.

Comment s’est fait votre intégration avec Vincent  au sein de la population locale malheureusement frappée par le chômage, l’alcoolisme et le suicide ?

Molécule : Il n’y a pas eu de véritable intégration à proprement parler du fait de la barrière de la langue. Néanmoins, par le biais de regards, de sourires, de signes, la compréhension se fait progressivement que ce soit avec les chasseurs ou les autres membres du villages. Je pense notamment aux enfants, très curieux à notre égard.

Pour en venir à l’album : comment l’as-tu composé sur place ?

Molécule : Avec Vincent, nous avons déployé les 150 kilos de matériel dont nous disposions dans la cabane dans laquelle nous habitions. L’idée était de récréer un studio de production. Je disposais de boîtes à rythmes, de synthétiseurs, d’un ordinateur, d’enceintes monitoring, de micros, un enregistreur numérique, une guitare et des pédales à effet. Je m’occupais de la prise de son et Vincent du visuel. Ce dernier est important dans la conception de l’album qui se veut une oeuvre audio-visuelle. Aussi, le principe était de ne pas toucher aux sons une fois de retour en France. J’en suis revenu avec trente pour n’en garder qu’au final dix.

J’ai appris que « Qivitoq » faisait référence aux membres les plus faibles des tribus chassés et qui revenaient sous forme de fantôme ? Finalement entre la mer et la banquise il y a une part importante de mysticisme ou du moins de croyances ? On imagine que cela vous a fait réfléchir.

Molécule : Il est vrai qu’en mer subsistent encore certaines croyances. A Tinetiqilaaq, ces croyances font partie de la culture des habitants. « Quivitoq » est en effet une référence aux personnes chassées du village car jugées trop faibles il y a de ça des décennies. Selon les croyances locales, ces mêmes personnes revenaient sous forme d’être mi-homme mi-fantôme. A noter que jusqu’en 2000, le gouvernement du Groenland envoyait des chasseurs pour repousser ces êtres.

Par ailleurs, sur un titre comme « Violence », on sent un élan de spontanéité propre à la découverte de l’environnement, sur « Jour Blanc » une sorte d’angoisse par rapport au paysage et sur « Délivrance » qui se veut mélodieux, festif, une sorte de joie après des heures de galères ?

Molécule : Le but de l’album était de lier le ressenti personnel et les sons entendus. Sur la banquise, hormis le craquement de celle-ci, le bruit de quelques animaux, on entend presque rien. L’écoute est primordiale. Nous avons appris beaucoup sur celle-ci au contact de la population locale.

Aujourd’hui comment te définirais-tu en tant que compositeur de musique ?

Molécule : Je me définirai comme un compositeur à l’écoute, très attentif au moindre bruit.

Dans l’avenir est-ce que tu envisages de te rendre dans des zones arides, montagneuses ou tropicales ?

Molécule : Pour le moment, je pars sur deux ans de tournée afin de présenter l’album en live. Après quoi je réfléchirai à un nouveau projet. Dans tous les cas, je ne me fixe pas de barrières pour l’instant.

Maintenant que l’album est terminé tu entames une série de live audio-visuel, notamment à L’Elysée Montmartre le 8 mars.

Molécule : Oui, il s’agira de ma première prestation en live pour ce nouvel album. D’autres vont arriver incessamment.

Dans un reportage de Thalassa sur ta présence au sein d’un chalutier pour l’album précèdent, tu expliquais aux marins que tu souhaiterais à la fin de ta carrière musicale devenir pêcheur à la ligne et vendre du poisson sur le marché ? Avoir côtoyé des marins puis des inuits, cela te confortent dans cette idée d’après carrière ?

Molécule : C’est une question intéressante. Même si j’en avais parlé aux marins de manière légèrement rêveuse, je dois avouer qu’en tant résident parisien depuis plusieurs années, je souhaiterais, si je le peux, pouvoir un jour quitter la ville pour le littoral. La mer m’a toujours intéressé, surtout la côte bretonne. C’est donc quelque chose que je n’exclus pas.

Article : Iona
Interview : Simon