Après deux saisons en plein air, La Station – Gare des Mines prolonge l’aventure cet hiver avec l’ouverture de deux clubs ! Ils ont été inaugurés en octobre, et accueillent en ce moment même le festival Magnétique Nord. Rencontre avec les propriétaires d’un des lieux les plus cools de Paris en ce moment.

Hello ! Finalement, c’est quoi La Station ? Avant tout un lieu de fête, de concerts, d’art ? De vie ?

C’est tout ça à la fois. Des résidences d’artistes autour de la musique et du son. On avait déjà nos bureaux, un espace de répétition avec Jessica 93 et Bryan Magic Tears et les architectes et designers d’Atelier Craft qui ont construit la scène. Avec le Collectif Brut Pop, on vient d’ouvrir un SonicLab dédié à la fabrication d’instruments électroniques DIY notamment pour un public en situation de handicap. A la rentrée on a lancé une web-radio (toute une programmation qu’on peut découvrir en direct ou en podcast). Et en plus des espaces de concerts, on a dévoilé un espace d’expo aussi en novembre. Et puis, à l’extérieur, il y a aussi la cantine de Gilia qu’on aménage.

Pourquoi avoir choisi ce lieu ? Qu’est-ce qu’il a de spécial ?

C’est à la fois un ancien lieu industriel – le bâtiment date de 1947 servait de terminal à Charbon, on a retrouvé des photos aériennes avec plein de wagonnets tout autour. Cette mémoire ouvrière nous interpelle – on travaille même dessus, on la documente par des interviews d’anciens cheminots. Situé juste de l’autre côté des anciennes fortifications qui faisait le tour de Paris, la Gare des Mines a vécu tout les changements des années 60 : l’arrivée du périphérique – tout proche. Après la fin du Charbon, on y a stocké des voitures d’occasion en attente de partir pour l’Afrique. Avant qu’on arrive, c’était déjà un lieu de fête : un club Afro-Caribéen à moitié clandé s’y était installé. Quand on l’a visité la première fois, il était complètement muré, et avec nos lampes on a découvert les pailletés, des boules à facettes et au sol, des bouteilles vides, des chaussures à talons hauts… C’était comme si la fête avait eu lieu la veille ! Il y avait aussi les papiers de l’ancien propriétaire qui semblait s’être enfui. On a retrouvé des traces de rites vaudou ! C’était très excitant et très mystérieux à la fois.

© Julien Gawor

C’est quoi l’esprit, l’objectif de La Station ?

L’ambition est d’être un lieu d’émergence artistique à la fois pointu et très ouvert. Un lieu symbolise la mutation actuelle de la scène artistique et de la nuit parisienne qui tend à investir de nouveaux espaces. On se trouve juste à la limite entre Paris et sa banlieue : on est dans Paris administrativement, mais physiquement « extramuros » – on est du côté d’Aubervilliers. Avec nos espaces extérieurs longés par le périph’ on a pu donner une belle visibilité à toute une scène musicale parfois confinée dans des lieux plus confidentiels. On s’inscrit aussi dans un réseau de lieux alternatifs avec nos amis du Wonder-Liebert, de la Halle Papin, du Doc ou de l’Aerosol avec qui on développe des projets de festivals ou d’expositions. Et en même temps, on voit passer régulièrement des jeunes qui vont faire la fête dans les immenses Docks Pullman situés à côté…

Vous pouvez nous expliquer un peu les différents espaces qui composent cette version en intérieur ?

Une salle de concert de 280 places au rez-de-chaussée (qui était notre backstage pendant les deux dernières saisons d’été), un espace polyvalent au sous-sol tour à tour mini-club, salle de projection et d’exposition. Et puis des espaces dédiés aux artistes résidents : le studio radio & le SonicLab de BrutPop à l’étage, l’atelier de construction de Craft et des espaces de répétition au sous-sol. A l’extérieur, une vue plongeante sur le périph’ et un grand fumoir (la scène d’été) et la cantine de Gilia à l’abri sur le côté.

Qu’est-ce qui change (à part la température) entre la version plein air et les espaces intérieurs ? Quel est le fil rouge entre tous les espaces ?

On a confié à Atelier Craft la scénographie de l’ensemble. On avait déjà voulu que la scène extérieure – entièrement construite – rappelle la forme et l’esthétique industrielle, Berlinoise du bâtiment. Craft a prolongé son geste à l’intérieur. Tubes et plaques de tôle constituent le vocabulaire avec lequel ils ont travaillé pour fabriquer le bar, l’espace lounge, la régie et le Dj-Booth. Il y a quelques touches de couleur (jaune/gris) mais sinon c’est surtout de l’acier et du béton avec au mur les paillettes de l’ancien club Africain qu’on a repris. Au sous-sol, on a choisi le blanc pour trancher avec l’atmosphère sombre et industrielle de l’étage, et on a gardé quelques pans de mur ainsi que le carrelage de l’ancien restaurant africain, une manière de rappeler là aussi l’histoire du lieu.

Les espaces intérieurs resteront-ils ouverts pendant l’été ? Le but c’est que le plein air et l’intérieur soient complémentaires, ou qu’ils alternent pour rester ouverts toute l’année ?

Oui tout l’été, l’intérieur sera ouvert, ce qui permettra d’envisager 3 scènes en simultanées dans la journée ou des soirées plus tardives en intérieur. On va d’ailleurs essayer de commencer dès cet hiver en mode clubbing. On espère avoir les autorisations pour début 2018. Pour l’instant le format c’est 20h-2h.

Un DJ set que vous attendez avec impatience dans votre programmation de cet hiver ?

Le truc que j’attends par dessus tout c’est le premier live de Suchiamo, le projet électro de Paula Stan (JC Satan) , lors du premier jour du festival Magnétique Nord à la station le 14 décembre. Théo et elle ont sort un maxi énorme chez Antinote, et ça sera la première fois qu’ils se produiront en live, entourés de groupe italiens en provenance d’un lieu underground. Le 15 décembre aura lieu le live d’Eric Copeland (ex-Black Dice) avec l’anglais Not Waving, un plateau electro-noise comme on aime à La Station.

Et sinon c’est TREPANERINGSRITUALEN, ce géant suédois qui performe des rituels paiens et sauvages avec ses psalmodies sur fond de métal, il sera en live le 16 décembre avec Satan et Extreme Precautions. Après, on ira fêter la nuit la plus longue de l’année à l’Aerosol, une warehouse à 10 minutes à pied de La Station, avec mon DJ préféré, Ancient Methods, on a trop hâte !

La Station – Gare des Mines, 29 Avenue de la Porte d’Aubervilliers (75018) – site officiel.
Magnétique Nord, du 14 au 18 décembre – event Facebook.