On ne vous parlerait pas normalement d’Adrian Younge sur Sakatrak pour la simple et bonne raison que son champ musical est d’habitude exclu de ce qu’on traite ici. Pour ceux qui ne le connaissent pas, il a récemment fait parler de lui en co-composant avec Ali Shaheed Mohammad (membre de A Tribe Called Quest) la musique de la dernière série Marvel diffusée sur Netflix, Luke Cage (superbe bande son soul tout droit sortie des années soixante). Véritable virtuose de la soul, il a composé deux albums avec son groupe Venice Dawn, qui ressemblent tellement à la BO d’un film de la blaxploitation qu’on ne pourrait pas deviner qu’ils datent des années 2010. Il ne cherche d’ailleurs pas à cacher ses inflences, puisqu’il a par la suite sorti un album avec le leader des Delfonics (groupe mythique des années 60).

Mais la plupart de ses collaborations se font avec des rappeurs : il s’est d’ailleurs associé avec Ghostface Killah du Wu-Tang Clan pour deux albums truffés d’instrus jazzy/hip hop garanties sample-free. On vous invite aussi fortement à regarder sa Boiler Room, truffée de raretés jazz et soul.

Pour son talent d’écriture et sa maitrise des instruments, Younge s’est donc vu érigé au rang de génie contemporain de la musique noire américaine. Mais avec son dernier album, il s’essaye à quelque chose de nouveau : The Electronique Void (sorti en septembre 2016 sur Linear Labs) revient aux origines de la musique électronique en n’utilisant que du matériel analogique.

Cet album se veut à la fois un hommage à tout les pionniers qui ont contribué à l’esthétique du genre (tels que Dick Hyman ou Raymond Scott), mais aussi une invitation à redécouvrir la musique électronique originelle. « J’ai toujours voulu faire un album de musique électronique comparable à ce qu’un Kraftwerk aurait pu faire en 1972 », a dit Younge. Il assouvit son envie dans cet album, grâce à des sonorités dignes de la genèse de la musique électronique revisitées avec sa patte.

Mais The Electronique Void ne s’arrête pas à une ambition : il se veut également être porteur d’une histoire qui se déroulerait comme les chapitres d’un roman. Une histoire d’amour entre un homme et une femme racontée par une voix vocodée, volontairement incompréhensible sans sous-titres, dans le but de nous inviter à rentrer un peu plus loin dans son univers.

L’album est assez différent de son travail habituel et montre la curiosité extrême de Younge. On sent son côté touche à tout, cette tentative de mêler mélodies chaudes de la soul et sonorités plus froides des machines pour créer une « soul électronique » qui lui est propre. Les morceaux Voltage Controlled Orgasms, qui sonne presque comme un titre de Moroder, et Black Noise, qui représente parfaitement la « soul électronique » de Younge, valent vraiment le détour.

Un projet expérimental très intéressant qui s’écoute d’une traite, et un artiste qui mérite d’être découvert…


Usually, we wouldn’t talk about Adrian Younge on Sakatrak, for the simple reason that his musical field isn’t compatible with what we’re used to listen to. For those that don’t know him, he recently made a name for himself by co-composing, along with Ali Shaheed Mohammad (member of A Tribe Called Quest) the soundtrack of Marvel’s newest TV show, distributed on Netflix: Luke Cage (It is an amazing soul soundtrack straight out of the sixties). True soul’s virtuoso, he composed two albums with his band Venice Dawn, which looks so much like an OST of a blaxploitation movie that we couldn’t believe that they were created in 2010. By the way he doesn’t try to hide his influences, as thereafter he released an album with the leader of Delfonics (mythic band of the 60’s).

Most of his collaborations are with various rappers: he associated with Ghostface Killah of the Wu-Tang Clan for two albums filled with jazz/hip hop sonorities guaranteed sample-free. We also warmly invite you to look at his Boiler Room, full of jazz and soul sounds of a great rarity.

As for his writing talent and instruments mastering, Young is considered as a modern genius of Afro-American music. But with his last album, he tries something new: The Electronique Void (released in September 2016 on Linear Labs) goes back to the sources of electronic music, by using only analog equipment.

This albums is at the same time a tribute to all the pioneers which contributed to the aesthetics of the genre (such as Dick Hyman or Raymond Scott), as well as an invitation to rediscover the original electronic music. “I always wanted to make an electro album comparable to one that could be made in 1972 by Kraftwerk”, said Younge. He satisfies his will with this album, thanks to some sonorities worthy of the genesis of electronic music, along with a personal touch.

The Electronic Void isn’t just an ambition: it also wants to carry a story that would elapse like the chapters of a book. A love story between a man and a woman told by a vocoder’s voice, deliberately misunderstanding and without subtitles, for the purpose of making us enter a bit more into his world.

This album is quite different from his usual work, and shows Younge’s extreme curiosity. We feel he’s a jack of all trades, this attempt to blend soul’s warm melodies and the colder sonorities of the machines in order to create his very own “electronic soul”. The tracks Voltage Controlled Orgasms, sounds exactly like a Moroder’s track, and Black Noise, representing the essence of Younge’s “electronic soul”, are definitely worth the buy.

A quite interesting experimental project we can listen to without interruption, and an artist which deserves to be discovered…