Richard David James, plus connu sous le nom d’Aphex Twin, fait parti de ces artistes qu’on qualifie de génies, tant par la qualité de ses productions que par le rôle prépondérant qu’il a joué dans la musique électronique en général. Penchons-nous sur cette personnalité sans pareille aux talents artistiques hors du commun.

Aphex Twin, AFX, Blue Calx, Caustic Window, Polygon Window, The Tuss, user48736353001… Nous pourrions continuer la liste pendant une heure tant les pseudonymes utilisés par Richard D. James sont variés. Tout commence en 1991, avec les maxis d’un nouveau producteur : AFX. Analogue Bubblebath et Analog Bubblebath vol.2 posent les bases de la musique de Richard D. James. On y retrouve une techno acide et aérienne teintée de ce qu’on appelera rapidement IDM (pour Intelligent Dance Music), comme avec la track Analogue Bubblebath, mais aussi une techno très dure, presque tribale, dotée d’une énergie dévastatrice, comme avec les tracks Digeridoo ou Untitled (B1).  Avec ces deux sorties, AFX est né.

C’est en 1992 que sort sous le nom d’Aphex Twin un album qui va s’affirmer comme un incontournable de la musique électronique : Selected Ambient Works 85-92. Quand Richard D. James sort cet album sur le label Apollo Records, branche Ambient du fameux label R&S Records, c’est sous un pseudonyme différent de ses deux premières sorties ; le monde de la musique électronique est alors persuadé qu’il s’agit de deux producteurs différents. Richard D. James, en opposition avec l’industrie du disque, va en effet choisir de jouer avec les pseudonymes et les labels, développant des identités musicales propres à chaque pseudo.

Et c’est grâce à ce premier album que le producteur va révéler tout son génie. Selected Ambient Works 85-92 est un album d’Ambient/IDM époustouflant qui aurait été composé entre 1985 à 1992, c’est-à-dire de ses 14 à ses 21 ans. Aphex Twin regroupe donc 13 titres issus d’expérimentations musicales précoces et nous offre ainsi un chef-d’œuvre intemporel d’une richesse infinie qui se laisse redécouvrir à chaque écoute. Cette sortie va être saluée par la critique : le webzine britannique Fact le considère comme le meilleur album des années 1990 tous genres musicaux confondus, et il fait partie des « 1001 albums qu’il faut avoir écouté dans sa vie ».

En 1994 sort son second album, Selected Ambient Works Volume II. Ce double album IDM se démarque de l’album précédent car il est moins inspiré par la musique club, et s’inscrit dans une attitude plus contemplative. Pour Richard, écouter cet album serait « comme se trouver à l’intérieur d’une centrale électrique sous acide ».  On y trouve des titres très lents, doux et mélodieux comme Rhubarb, Blue Calx ou Lichen, ainsi que des titres plus sombres avec une dimension malsaine et angoissante propre au producteur comme Radiator, grey stripe ou Tassels. Cet album, monument incontournable de la musique électronique, a été qualifié de « musique classique du troisième millénaire » par le New York Times. En seulement trois ans, Aphex Twin s’élève au rang de génie de la musique, témoignant d’un talent unique.

S’ensuivent de nombreuses sorties, comme les épisodes 3, 4 et 5 de la série Analogue Bubblebath qui se font un peu plus discrets. Mais c’est en 1997 avec son EP Come To Daddy sorti sur Warp Records qu’Aphex Twin renoue avec le succès. Sur cet EP on retrouve Come To Daddy, une track terrifiante associée à un clip vidéo complétement barré. Cet EP tranche un peu avec les sorties précédentes, mais on retrouve toujours la patte du producteur britannique : une rythmique jungle très travaillée et une ambiance malsaine pleine d’ironie qu’on retrouvera encore davantage dans les prochaines productions. Les autres tracks de l’EP sont aussi intéressantes, comme Flim où Richard D. James lie la douceur de l’ambient au rythme de la jungle.

Comment ne pas mentionner aussi son plus gros succès, Windowlicker, sorti sur Warp en 1999. Une fois de plus, Aphex Twin nous surprend avec une production tout à fait inattendue, tout en conservant son identité. On y retrouve une rythmique complexe et magnifiquement construite, avec des samples vocaux disséminés ça et là ; on retiendra sur cet EP la très belle track Nannou. Aphex Twin va ensuite se faire plus discret, avec des sorties moins nombreuses et qui rencontrent un succès parfois mitigé. En 2005, il sort en l’espace de 5 mois pas moins de 10 maxis sous le pseudonyme AFX : il s’agit de la série Analord, où le producteur tente d’exploiter des synthés analogiques dans la lignée de ses Analogue Bubblebath. On y retrouve une musique simple et agréable, mais pas vraiment révolutionnaire ; Analord 2 est assez représentatif de cette série, tout comme Analord 11 et le superbe VBS.Redlof.B.

Après cette série, Aphex Twin se retire totalement pendant 9 ans et ne revient qu’en 2014 avec un album retour sorti sur Warp, Syro, qui va rencontrer un succès certain. Le producteur y tente de se renouveler en explorant des genres musicaux variés et des sonorités très différentes. Cet album est très intéressant, car si on retrouve toujours l’identité propre à Aphex Twin (qui se fait plus discrète), la musique produite est un véritable renouveau qui tranche avec ses productions précédentes.

Les surprises ne s’arrêtent pas puisqu’en 2015, un certain user18081971 poste sur son SoundCloud une somme astronomique de morceaux en téléchargement gratuit. Au vu de la qualité des morceaux, la toile comprend rapidement qu’il s’agit d’une centaine d’unreleased offerts gracieusement et en toute discrétion par Aphex Twin himself. La même année, Richard D. James réitére l’opération par le biais d’un autre pseudonyme mystérieux : user48736353001.

Enfin, ce début d’année a été marqué par l’annonce d’un nouvel EP du producteur : Cheetah. Sorti en juillet dernier, il est de nouveau inattendu : on y retrouve une musique très différente, plus orientée techno avec des tracks composés de basslines efficaces qui se mêlent à de l’electronica, mais aussi quelques mélodies ambient très électroniques. Magnifiquement produit, cet EP se laisse découvrir et apprécier au fil des écoutes.

Aphex Twin est donc un producteur de talent qui a su dès ses débuts produire une musique à la fois novatrice, unique et d’une grande qualité. Ce qui marque chez lui, c’est sa capacité à intégrer son identité dans chaque sortie, un son propre au personnage et reconnaissable entre mille, et ce malgré la grande diversité de sa musique. Cette richesse témoigne de son inspiration immense. À chaque sortie, Aphex Twin nous dévoile une facette supplémentaire d’un univers à la profondeur abyssale, un univers fait d’expérimentation et d’émotion.


Richard David James, also known as Aphex Twin, is a member of this group of artists we qualify as masterminds, as well for the quality of their productions as for the prominent role he has in electronic music in general. Let us now deal with this unparalleled personality with an extraordinary talent.

Aphex Twin, AFX, Blue Calx, Caustic Window, Polygon Window, The Tuss, user48736353001… We could go on like this for hours, for there are many pseudonyms that has been used by Richard D. James. It all starts in 1991, with the maxis of a new producer: AFX. Analogue Bubblebath and Analog Bubblebath vol.2 lay the foundations of Richard D. James’ music. We find there an acid and aerial techno toned with what will quickly be called IDM (for Intelligence Dance Music), as with the track Analogue Bubblebath, but also some hard techno, almost tribal, endowed with a devastating energy, as for the Digeridoo or Untitled (B1) tracks. With those 2 releases, AFX is born.

It’s in 1992 that comes out, under the name Aphex Twin, an album which will assert itself as a must for electronic music lovers: Selected Ambient Works 85-92 . When Richard D. James releases it on the label Apollo Records, R&S Records’ ambient division, it’s under another pseudonym that in his first two releases; the electronic music world is then persuaded that it is facing two different producers. Richard D. James, opposed to the disc industry, is going to juggle with pseudonyms and labels, building a musical identity for each alias.

This first album allowed the producer to reveal all his genius. Selected Ambient Works 85-92 is an astonishing Ambient/ IDM album which would have been composed between 1985 and 1992, which is when he was between 14 and 21 years old. Aphex Twin groups together 13 tracks originating from premature musical experimentation, and this offers us a timeless masterpiece of an infinite wealth we rediscover each time we listen to it. This release was hailed by the critics: the British webzine Fact considers it as one of the best album of the 90’s, all musical genre confounded, and is part of the “1001 albums you must hear before you die”.

In 1994 comes out his 2nd album, Selected Ambient Works Volume II. This double IDM album stands out from the precedent one as it is less inspired by club music, yet assumes a more contemplative attitude. For Richard, listening to this album is like “finding yourself in the heart of a nuclear plant under the influence of acid”. We may find there quite slow tracks, delicate and quite melodious such as Rhubarb, Blue Clax or Liche, as well as darker tracks with an unwholesome and harrowing dimension proper to the producer, as Radiator, Grey Stripe or Tassels. This album, vital landmark of electronic music, was qualified as “classical music of the third century” by the New York Times. In only three years, Aphex Twin rises to the level of musical genius, having an unparalleled talent.

Numerous releases will follow, such as the discreet 3rd, 4th and 5th episodes of the Analogue Bubblebath series. Only in 1997 does Aphex Twin enjoy renewed success with the Come To Daddy EP, out on Warp Records. On this EP is the eponymous track, a terrifying sound combined to a loony videoclip. This EP is quite different from the previous ones, but you can still find the British producer’s touch: an elaborate jungle rhythm with a sick atmosphere full of irony. The other tracks from the EP are just as interesting: on Flim, Richard D. James associates the gentleness of ambient to the rhythm of jungle.

And how could we not mention his biggest success, Windowlicker, released on Warp in 1999. Once again, Aphex surprises us with an unexpected production while retaining his identity. You find a complex and magnificently built rhythm accompanied by disseminated vocal samples; the track Nannou is probably the one to be remembered. Aphex will then make himself scarce, with fewer releases and a moderate success. In 2005, he releases 10 maxis in 5 months, under his AFX alias : it is the Analord series in which the producer attempts to exploit analog synths, in line with the Analogue Bubblebaths. The music is very pleasant, but not revolutionary; Analord 2 is quite representative of the series, just as Analord 11 and its great VBS.Redlof.B.

After this series, Aphex Twin disappeared for 9 years; he came back in 2014 with the successful album Syro, out on Warp. Here, the producer tries to renew by exploring various genres and different sounds. This album is very interesting: if Aphex’s identity is still to be found, it is much more discreet, and the music produced is a real renewal.

This is only the start: in 2015, user18081971 uploaded an astronomical amount of tracks to download for free on their Soundcloud. Given the quality of the tracks, the internet quickly understands that these are unreleased gracefully given by Aphex Twin himself. The same year, Richard D. James reiterates the operation with another mysterious pseudonym: user48736353001.

Finally, the beginning of this year was marked by the announcement of a new EP from the producer: Cheetah. Released this past July, it is once again very surprising with a different music, more techno-oriented. The tracks are made of efficient basslines mixed with electronica or ambient melodies. Magnificently produced, this EP is to be discovered and appreciated in the course of listening.

For all those reasons, we can say Aphex Twin is a talented producer who managed to produce a pioneer, unique and qualitative music from the beginning. What strikes the most about him is his ability to integrate his identity in each release: he has his own sound that is easily identifiable although his music is very diverse. This richness testifies of his great inspiration. With each release, Aphex Twin unveils an additional side of a very large universe made of experimentation and emotion.