Créature mystérieuse, l’atmosphère qui enveloppe le DJ uruguayen Nicolas Lutz a l’ambiguïté d’un rêve délirant. La sélection de ce digger acharné transpire le génie cryptique de producteurs oubliés. Pour ses amateurs, sa collection de disques prend des allures de parcours mythique à travers les abysses sidérales de la musique électronique. Lutz fascine par sa capacité à excaver des bas-fonds sonores des morceaux géniaux, et transporte par l’agencement qu’il en fait, juxtaposant des curiosités anciennes à de nouvelles sorties de qualité.

La taille imposante et l’éclectisme de sa collection lui permettent aussi d’être très versatile. Adaptés aux horaires et aux lieux, ses sets acheminent la foule vers des latitudes opposées : la minimale audacieuse et insouciante d’un après-midi ensoleillé sur le Woodfloor se métamorphose quelques semaines plus tard en break-beat possédé clôturant la Katapulte à l’aube. Incarnation du digger qui piétine les limites des genres et cultive l’art de l’inattendu, Lutz s’offre la liberté de nous expédier selon ses envies vers des paysages cosmiques infernaux ou des abîmes sous-marines. D’ailleurs, la chouette épidémie old school electro et breakbeat qui prolifère sur les dancefloors doit beaucoup à son intention de partage et de transgression.

C’est aussi cette volonté qui l’a poussé à fonder avec sa femme le label My Own Jupiter, ‘’plateforme d’art multidisciplinaire’’. Celui-ci a permis à l’imaginaire musical de Lutz, difficile à cerner, de mieux se définir : au croisement entre éclectisme d’ancien, expérimentations maîtrisées et folie pure. Formats et contenu peu communs, les quatre sorties montrent son envie de proposer une œuvre dans son ensemble et pas seulement un enchaînement de sons calibrés pour le dancefloor. Mettre en lumière des producteurs méconnus et leur fournir un terrain de libre expression semble en effet être l’intention de My Own Jupiter. Repress ou inédits, les morceaux ne sont pas sélectionnés par rapport à des attentes en terme de style, mais pour les atmosphères particulières qui s’en dégagent. From Outerspace de l’excellent DHS évoque une jungle spatiale déjantée, alors qu’il semble émaner une scène luciférienne du Suicido de Little Nobody.

Produire n’est pas un intérêt pour Lutz, dont la passion et le génie pour la sélection s’avèrent suffisants pour être grandement admirés par la communauté des diggers de cire. Son désir de répandre sa culture musicale et par la même occasion d’expédier la foule vers des contrées surnaturelles ravit d’ailleurs un public de plus en plus large, et donne le ton à une série de DJs du même genre comme Max Vaahs, Andrew James Gustav ou le parisien Dawidu.

Moira


A mysterious creature. The atmosphere evolving around the Uruguayan DJ Nicolas Lutz has the ambiguity of a delirious dream. The picks of this relentless digger leak out the encrypted genius of forgotten producers. For his connoisseurs, his disc collection takes the shape of a mystical path across sidereal depths of electronic music. Lutz dazzles us with his ability to excavate and scoop up from the musical shallows some exceptional tracks, and shuttles us by how he delivers them, enclosing ancient curiosities to fresh valued releases.

The eclectic and towering stature of his compendium enables him to be uncommonly versatile. His sets are always tailored to the time and location, and channels the crowd to opposite latitudes: his daring yet detached minimal on a sunny afternoon on the Woodfloor metamorphoses itself some weeks later into a possessed break-beat terminating at dawn the Katapulte. Incarnating the digger which goes all the way to the edges of the musical genres and which cultivates the art of the unexpected, Lutz ensures himself the freedom to launch us, depending on his desire, to infernal cosmic sceneries or down into the underwater depths. Besides, the exciting old school electro and break-beat outbreak which rages on the dancefloors owes much to his sharing intentions and will of transgression.

It’s this will which lead him to set up, along with his wife, the label My Own Jupiter, “Cross-curricular art platform”. This allowed Lutz’s musical imaginarium, sometimes a bit unclear, to take shape: it is at the crossroad of musical eclecticism, controlled experimentation and pure madness. Unusual format and contents, his four releases reflect his will to reveal his work as a whole, not only a chain of tracks suiting for the dancefloor. Put under the spotlight some unknown producers and offer them all the tools to express themselves seem to be what My Own Jupiter seeks to achieve. Repressed or unreleased tracks, the criteria of choosing them isn’t the label’s expectation of a kind of musical genre, yet it is what particular atmospheres may emanate from them. From Outerspace, created by the excellent DHS, reveals us a wacky space jungle, when emanates from Suicido (by Little Nobody) a Luciferic scene.

Producing doesn’t appeal to Lutz, whose passion and genius for track selection turn out to be enough to be highly regarded by the digger’s community. His desire to spread his musical culture, and, at the same time get the crowd into supernatural lands, thrills more and more people. It sets the pace to DJs of the same kind like Max Vaahs, Andrew James Gustav or the Parisian Dawidu too.