Aujourd’hui, on vous présente notre coup de coeur chez nos partenaires Bedroom Producer, Adrien aka The Mindsculptor, qui a (très bien) répondu à nos questions pour l’occasion. On vous laisse en apprendre un peu plus sur ses techniques, son parcours et ses inspirations, mais aussi sur ce qu’il pense de la musique électronique aujourd’hui. On en profite pour vous laisser son Soundcloud, en espérant que vous prendrez autant de plaisir que nous à lire cette interview. Bonne lecture !

Salut Adrien ! Tu pourrais te présenter un peu ?

Je m’appelle Adrien, je vis sur Paris après avoir grandi sur Orléans. Je baigne dans les musiques électroniques depuis 1996, j’avais alors 9 ans. J’ai une vie musicale assez animée, en plusieurs phases. J’ai eu la chance de participer très tôt activement à une radio associative dans laquelle j’animais une émission dédiée à toutes les nouveautés de la scène Techno, qui a connu ses petits succès. À cette époque, j’étais attiré par tout ce qui touchait aux musiques électroniques et qu’on retrouvait en clubs et en raves. Dur de trouver du contenu sur Internet, mais rappelle toi qu’à cette époque, on trouvait des CD 2-titres de Carl Cox, Emmanuel Top et Laurent Garnier dans toutes les grandes surfaces, et qu’il suffisait d’allumer la radio le soir pour les entendre ! En 2005, j’ai fondé Tekover, une association qui organisait des soirées un peu partout en France et qui a eu dans un second temps une activité de label avec plusieurs vinyls édités. C’était très axé Hardcore/Industriel et Early-Rave, mes styles de prédilection made in Holland à ce moment là, mais on a fait de belles soirées Techno également (Pier Bucci, Jan Krueger, Étienne de Crécy, Dusty Kid, Minilogue …). L’histoire a pris fin en 2009 après 48h de rave en guise de clôture, puis j’ai repris une activité de producteur techno sous le nom de The Mindsculptor  il y a 2 ans, ce qui m’amène à tout déballer ici 🙂

C’est quoi ta première expérience avec l’électro ?

Rétroactivement, j’ai évidemment beaucoup de morceaux phares, mais pour répondre à ta question ce sont plutôt des moments distincts qui m’ont conduit, de fil en aiguille, vers mon style actuel. La Techno Parade première du nom, en 1998, était une claque monumentale dont je retiendrai notamment les prestations de Laurent Hô et Manu Le Malin. Des pubs pour les Nature One dans les années 2000 me faisaient jubiler d’envie année après année, jusqu’à ma majorité. Mais à chaque fois, encore aujourd’hui, lorsqu’un artiste derrière les platines vient casser tous les repères en mélangeant titres Techno lancinants et gros flash-backs avec des morceaux rétros, le tout avec un sound-system aux petits oignons et une énergie phénoménale venant du public, ça devient un moment ancré dans ma mémoire où je ne peux pas m’empêcher de me dire « bordel, quelle que soit ta place, que tu sois dans le public, le DJ, ou l’auteur d’un de ces morceaux, quels frissons ! »

Quelles sont tes inspirations majeures ?

Je distinguerai deux choses : les inspirations et les influences. Je tire beaucoup d’inspiration du monde extérieur, au delà de la musique. La photographie, l’urbanisme et l’architecture, l’espace, les cultures du monde, un repas, un mot, un livre, ou même une blague ! Lorsque j’ai la tête qui voyage, j’essaie d’imaginer comment retranscrire telle ou telle chose en musique. À quoi ressemblerait une musique dédiée à un feu tricolore ? À un distributeur de billets ? Ou des voyages plus naturels et lointains comme une île tropicale ou une planète. Et lorsque le délire part assez loin et que les idées fusent, c’est là que je me dis “c’est parti, faut se lancer dans le grand bain !”.

Et au niveau des influences ?

De très loin, je pense que The Hacker est celui qui a eu et a toujours le plus de poids dans ma sensibilité. J’adore son approche qui, je trouve, donne toutes ses lettres de noblesses à l’adjectif “électronique” de la musique dont on parle ici. Non pas que d’autres n’en soient pas dignes, heureusement (allez, je peux citer In Aeternam Vale) mais je me retrouve vraiment dans sa manière de créer des tracks complètes et complexes à partir de quelques sons bruts qui vont venir dresser toute une ambiance.

Je m’inspire également pas mal de Scratch Massive dans la manière de creuser des sons pour obtenir quelque chose d’hyper-puissant même en down-tempo. Enfin, l’ensemble de ma culture rave m’inspire au quotidien. La pléthore d’artistes qui, mis bout à bout, me rappellent que la règle numéro une, c’est qu’il n’y a pas de règle. J’ai entendu des cocktails aussi efficaces qu’improbables dans ma vie que la seule chose dont j’ai vraiment envie, c’est de tenter des nouveaux trucs qui me font frissonner.

J’écoute également beaucoup de choses très différentes en dehors des musiques purement électroniques : du lyrique, new-wave, synth-pop, des bandes originales, etc. Pour citer en vrac les premiers noms qui me viennent en tête, des artistes comme Björk, Kari Rueslåtten ou Vashti Bunyan doivent contribuer plus ou moins directement à ma démarche artistique.

Quel regard portes-tu sur la scène électronique (DJ/producteurs) actuelle ?

Tout d’abord, je ne suis pas un grand connaisseur de ce qui se trame exactement en ce moment. Il y a 5 ans encore, j’étais du genre à connaître toutes les sorties d’EP, sur la plupart des labels qui se jouaient à l’époque. Mais à présent, je me sens assez éloigné de tout ça, à quelques exceptions près. Je me surprends même à bien mieux connaître les tracklists d’artistes “amateurs” sur Soundcloud. Il y a vraiment des diamants bruts. Et si je reprends une activité DJ, je pense que je serais du genre à mélanger pépites oldschool – connues ou non du grand public – et titres de bedroom producers. Côté DJ par ailleurs, je suis assez surpris de voir à quel point certains accordent de l’importance à des classements comme celui de RA. Je pense que c’est un non-sens. Personne ne devrait être capable d’effectuer un classement unique, je trouve cela vraiment triste. Ça va dépendre du contexte, Je ne dis pas ça parce que je n’en fais pas partie, je pense sincèrement que ça dépend tellement des contextes, des styles, des affinités personnelles, qu’on devrait noter tout au plus des prestations plutôt que des noms. Je prie pour que la scène actuelle ne tourne pas trop vers un star-system standardisé. À ce titre, le symptôme que je surveille le plus, c’est le fait d’entendre plusieurs fois les mêmes tracks dans un gros festival. Pour le moment, ça va. Mais j’ai déjà vu le phénomène se produire dans le monde du Hardcore, pourtant jugé comme underground de l’intérieur, et mon plus grand souhait est de contribuer à la diversité et l’émancipation de la culture Techno, certainement pas à sa starification.

On passe à la partie un peu plus technique : peux-tu nous présenter ta façon de travailler ?

J’adore discuter technique. Non pas pour le simple plaisir de parler technique, car ce n’est certainement pas une fin en soi, mais parce que ça oblige à réfléchir sur ses propres moyens de travailler pour savoir ce qui correspond le mieux à ses usages.

 Ah cool, dans ce cas dis-nous tout !

J’ai actuellement une TR-8, que j’apprécie pour son workflow très direct et sa modélisation assez fidèle. C’est un peu un luxe par rapport à ce qu’on peut faire directement dans Ableton Live, mais pour moi, qui travaille dans la vie dans l’univers informatique, c’est important de faire de la musique en touchant des instruments de musique, et non pas en passant du temps uniquement avec un clavier et une souris. Prendre du plaisir, c’est chez moi le facteur numéro 1 de la motivation au quotidien.

Côté synthés, j’ai craqué pour un System-1 de Roland. Il est assez décrié, mais j’ai écrit une critique plutôt élogieuse sur Audiofanzine (http://goo.gl/thMUlo) : le son produit s’adapte bien au côté froid et métallique que je cherche à obtenir pour certaines patries, et l’émulation possible du SH-101 est carrément mortelle. Je l’utilise en complément d’un Pro2 de Dave Smith Instruments fraîchement acquis. Je ne peux pas encore t’en parler beaucoup pour le moment, mais je l’ai retenu pour son aspect versatile, son ergonomie et niveau de finition (et oui, toujours le plaisir à l’’utilisation…), l’excellent séquenceur intégré et encore une fois la qualité du son qui en sort. C’est une boîte à modulation hyper-créative qui est géniale à programmer. J’ai également une petite TB-3 que je bidouille à l’occasion lorsque j’ai besoin de quelques sons acidulés.

Tout ce petit monde est piloté par un Beatstep Pro, un séquenceur multi-pistes d’Arturia que je trouve carrément mortel. Son ergonomie est extrêmement bien conçue, et c’est bourré de petits trucs qui boostent la créativité. J’enregistre tout en audio dans Ableton Live, ce qui me permet de travailler avec très peu de VST, seulement ceux pour traiter le signal !

Comment fais-tu pour commencer et mener à bien un morceau que tu aurais en tête ?

Pour le moment, tout cela n’est pas très mature et chaque morceau a été le fruit d’un mode de travail un peu différent. Parfois, je commençais par identifier une rythmique qui me plaisait. Parfois, un son de lead, un arpège, ou même un FX qui me plaît sur le moment ! Avec le temps qui commence à passer, je pense avoir trouvé le mode qui me convient le mieux. Ça va peut-être te paraître fou, mais ce qui me plaît, c’est de commencer par réfléchir à un titre, un thème, un concept, et le genre de sons que je vais mettre dedans. Ça vaut pour l’EP complet. À partir de là, je construis une rythmique de base, kick/drums en 4/4, juste pour me donner quelques repères, puis je programme les synths pendant des heures et des jours en expérimentant, jusqu’à trouver les patterns principaux. À partir de là, je me pose et je réfléchis à ce que je veux faire avec tout ça : je repasse sur la ligne de kicks, de bass, les arpèges, etc. À différents moments, j’affine également le rendu global que je veux obtenir – la couleur. Cette manière de faire me permet de régulièrement me dégourdir alternativement les oreilles puis le cerveau tout en prenant un maximum de plaisir à chaque session. Ce n’est pas vraiment du “mastering”, je garde ça pour la toute fin, c’est davantage comme une femme qui changerait de vernis de temps en temps en fonction de la manière dont elle s’habille ! Je trouve que ça contribue grandement à l’émotion véhiculée.

Quel regard ou critique portes-tu à ta musique actuellement ? Comment la décrirais-tu ?

Tout d’abord, j’estime avoir un assez bon esprit critique, autant vis à vis de la réalisation en elle même que des aspects techniques, et je n’hésite pas à pointer du clic (haha) tout ce qui me saute aux oreilles sur des sites comme Soundcloud ou les groupes Facebook de “Bedroom Producers”, à des fins d’entraide pour faire grandir tout le monde, car il y a vraiment des pépites en devenir dans ces “bedrooms” ! Lorsqu’il s’agit des mes tracks, ça devient tout de suite plus dur. J’ai tendance à sortir trop vite quelque chose lorsque je me laisse prendre par l’émotion et que quelque chose me plaît, en manquant parfois de recul. Du coup, à chaque track j’apprends énormément, et ce n’est pas fini. Du coup j’essaie de faire une musique communicative, variée, quitte à ne pas en faire des tonnes sur la finition et sortir quelque chose d’assez brut. Pour le moment, je produis des morceaux pour qu’ils soient écoutés et plaisent à au moins quelques personnes. Je veux construire quelque chose dans la durée en donnant beaucoup de sens à mes projets, plutôt que d’essayer de faire des superbes tracks dans le moule des tendances actuelles pour plaire au plus grand nombre. De toute façon, je ne suis même pas sûr de savoir faire, je pense que j’aurais trop de mal à me laisser influencer par un seul mouvement.

Et pour terminer, quels sont tes projets futurs ?

Terminer mon EP sur le thème de l’espace, puis en commencer un autre inspiré par mes récents voyages ! Dans le même temps, j’aimerais – enfin – trouver le motivation pour contacter les labels qui me tiennent à coeur et essayer d’aller un peu plus loin avec mes morceaux. Ça manquait de maturité à mon goût jusqu’à maintenant, mais je pense avoir quelque chose d’assez sérieux à présenter d’ici peu. Et comme évoqué un peu plus tôt, j’hésite à reprendre une activité de DJ. J’adore la scène, mais pour le moment je me suis uniquement focalisé sur la production.